La Révélation des Pyramides, épisode VIII

Hop, changement de décor. Tous les déserts de l’Égypte n’étant apparemment pas assez vastes pour contenir toutes les stupidités de ce film, Sylvie nous emmène à l’autre bout de la planète, sur l’île de Pâques.

33 : 10 : « Pour résumer l’histoire officielle, les Pascuans sont les descendants d’un groupe de polynésiens, qui au terme d’un voyage de 4000 km en pirogue, se sont établis sur l’île qu’ils ont baptisé du nom de Rapa Nui, le nombril du monde ». « Ici aussi nous sommes face à des suppositions. Car il faut savoir une chose : à de rares exceptions près, la science ne peut pas dater la taille d’une pierre »

Toujours cette vieille rengaine moisie de l’histoire officielle™, parce que c’est évident qu’une autre explication concernant l’origine des peuples océaniens risquerait tellement de remettre en question l’ordre mondial qu’il faudrait la cacher aux yeux du monde pour une raison qu’eux-mêmes ne savent pas. C’est à se demander pourquoi les illuminatis-égyptologues qui sont sur leurs talons ont permis à Amazon de vendre leurs DVD et à Youtube de mettre en ligne leurs bande-annonce. Mais passons, l’intérêt de ce passage c’est l’assertion suivante: effectivement, on ne sait pas dater la taille d’une pierre.

Sauf qu’il s’agit encore d’un superbe mensonge par omission, parce que ce que Sylvie cherche hypocritement à sous-entendre c’est que « les archéologues vous mentent tous parce que ce sont des vendus passsque tu comprends quoâ, on peut pas dater la pierre donc c’est des conneries ».

Or c’est complètement faux : quand on cherche à savoir quel âge à cette statue de moai, cet obélisque, ce bloc de grès ou n’importe quoi d’autre, on ne date évidemment pas la pierre mais son CONTEXTE. C’est-à-dire les couches de sédiments dans lequel il est, les inscriptions ou les glyphes qu’il porte, ou encore les traces d’outils qui sont dessus ! Bref, là encore les auteurs de cette bouse profitent du fait que le spectateur qui va voir ça est très probablement ignorant des techniques utilisées par la recherche scientifique, n’étant généralement pas du métier, et donc qu’il va croire tout cru ce que Sylvie lui dit, même si ce sont d’énormes conneries ! Mais attendez, car ils vont encore plus loin dans le mensonge par omission et le biais :

Retour sur l’interview d’Éric Gonthier à 33 :34, quand ce spécialiste en chemises à carreaux dit que « Je peux la dater…géologiquement.[…]on le met en correspondance avec un contexte géologique, et à partir de là on va dire que c’est tant de millions, de milliards d’années pour obtenir ce granit. Les géologues s’arrêtent là ».

Bwahaha. Complètement en roue libre, on retrouve Sylvie qui pousse l’abus de confiance jusqu’à détourner les propos de ses propres intervenants, pourtant choisis à la base parce qu’ils étaient déjà d’accord avec leurs théories débiles avant de tourner le film. En effet, ce pauvre Éric Gonthier n’est absolument pas en train de dire qu’on ne peut pas dater ces statues mais que LUI, en tant que géologue, ne peut que dire l’âge de la roche. DE LA ROCHE. Pas de la statue ! Et il l’assume, il le dit clairement face à elle, qu’il peut avancer telle information sur la roche et que son taf s’arrête ici. Sauf que le monteur du film a là encore coupé pile aux bons endroits pour ne montrer que ce qui les intéresse, détourner complètement l’information donnée par Gonthier et faire sous-entendre à la séquence que : « les géologues peuvent pas faire plus précis que des miyons d’années donc c’est pas possible ».

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A 34 :02 , on en remet une petite couche avec les parallèles idiots, histoire de ne pas perdre le rythme: « apparemment, ici aussi les constructions les plus anciennes sont les plus massives et les mieux ajustées. »

« Je comprends trop pas quoi, partout autour du monde, les constructions les plus anciennes encore observables sont systématiquement celles qui étaient les moins fragiles et les plus à même de ne pas s’écrouler au premier coup de vent, mais saperlipopette quel mystère ! »

A 35 : 00, les Moai ont droit aux mêmes débilités dont on a gratifié plus tôt les colosses de Memnon, trop-gros-trop-pas-possibles-à-déplacer. « Je ne prétends pas que c’est impossible, mais je fais simplement remarquer que personne n’a été capable de rééditer cet exploit »

Oooh, comme elle est mignonne, elle ne prétend pas que c’est impossible :3
Ce qu’on constate, c’est avant tout qu’ils prennent des gants en disant « je ne prétends pas que c’est impossible » seulement quand ça les arrange. Le reste du temps ils font de grosses assertions et s’en servent comme arguments concrets avec la finesse d’un tractopelle dans le rayon vaisselle d’Ikea.

Tablant là encore sur l’ignorance de leur spectateur, Sylvie et ses p’tits potes complotistes tentent de vous convaincre qu’on a jamais essayé de le faire, sauf queeeeeeeeeeee c’est encore un mensonge :

Non seulement on a essayé, mais on y est même arrivé ! C.F. les expériences d’archéologie expérimentale (là encore) menées entre autres par Jo Anne Van Tilburg, qui ont permis de reconstituer plusieurs méthodes possibles pour déplacer ces gros machins.

Et ne me dites pas qu’il faut être un spécialiste de la question pour savoir ça, ça n’est moi-même pas la mienne et cette expérience que je vous montre n’est que la première qui me soit passée sous le pif. Celle-là a permis de déplacer une statue de douze tonnes, et ce n’était qu’une expérience pour tenter de reconstituer la méthode utilisée, avec des gens qui faisaient ça pour la première fois de leur vie ! Et ne me dites pas que ouiiiii, mais ta statue fait 12 tonnes seulement alors que les plus pesantes vont jusqu’à 80, tout çâââ, parce que c’est très loin d’être la seule qui aie été menée, et que si les hommes ont réussi à déplacer sans problèmes et sans tracteur spatial des obélisques qui pèsent 230 fraking tonnes (et a les déplacer sur la mer), alors pourquoi une statue de 80 leur en poserait ?! Rien qu’en France, dès 1979 une expérience menée à Bougon dans les Deux-Sèvres par Jean-Pierre Mohen a permis de déplacer une dalle de béton de 32 tonnes, seulement avec des cordes et des rondins ! Alors vous voulez bien arrêter de prendre les anciens polynésiens pour des débiles parce que ça justifierai votre propos ?!

35 :50 « La capacité de ce peuple à se déplacer aussi précisément dans l’océan témoigne de connaissances astronomiques poussées ».

Énième fait complètement anodin érigé en pseudo-révélation, Sylvie fait semblant de vous révéler à vous, sombre inculte qui n’avait pas encore vu la lumière divine, que les peuples du passé ont eu l’idée d’observer le ciel la nuit avant d’inventer le GPS ! Ce n’est pas la première fois qu’ils font ça et je pense qu’à partir de là je ne vais même plus le relever, mais ici ça souligne particulièrement bien ce procédé putassier comme pas permis pour faire semblant d’avoir quelque chose à vous révéler ! Bien sûr que les polynésiens avaient de bonnes connaissances astronomiques Sylvie, comme la totalité des peuples de l’époque ! Tu peux me citer une civilisation qui n’a jamais étudié l’astronomie ?! Et c’est encore plus primordial pour un peuple de navigateurs qui est obligé d’aller et venir en permanence dans des archipels d’îles et des mers gigantesques ! En bref, s’extasier parce que les anciens connaissaient l’astronomie, ça revient à dire ça !

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Hop là, pause-pipi à 36 :00, le temps de déblatérer sur l’écriture pas encore déchiffrée de l’île de Pâques. « Une théorie, bien évidemment jugée hérétique, la rapproche du site de Mohenjo Daro, au Pakistan »

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Râââh, mais ARRÊTEZ de vous victimiser en permanence ! Pour une fois dans ta vie tu ne pourrais pas commencer par avancer des arguments avant de te rouler en PLS et pleurnicher qu’on te jette des cailloux parce que tu racontes de la merde ?!

Et d’ailleurs, c’est quoi cette théorie, avec cette image … ? Ah oui, effectivement dans les deux cas, il s’agit de bonhommes-bâtons. Les têtes ne sont pas les mêmes, les poses non plus, les corps ne sont pas dessinés de la même façon et les espèces d’objets que tiennent ces bonhommes sont différents aussi, mais à part ça c’est vrai qu’il y a un rapport entre toutes les écritures non déchiffrées de la Terre dès l’instant où les mecs qui les ont gravées ont eu l’idée renversante de prendre la forme humaine comme point de départ pour créer des glyphes !

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Et du coup, qu’est-ce qu’on fait de toutes les autres écritures qu’on a pas encore déchiffrées, genre par exemple l’écriture crétoise du Linéaire B, qui utilise elle aussi la même forme humaine ?

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Tant pis, Sylvie n’a pas jugé utile de détailler son propos, elle a enchaîné à 36 :34, pour se demander « pourquoi un jour des Polynésiens ont-ils quitté tout ce qu’ils avaient de plus cher au monde, terres, familles et amis, pour braver l’océan en pirogue, et entamer un dangereux voyage de 4000 km »

Pourquoi Christophe Colomb a décidé de traverser l’Atlantique en ligne droite alors qu’il n’avait aucune idée du moment où il retrouverait la terre, rappelle-moi ?

Pourquoi les amérindiens se sont lancés dans les Caraïbes pour aller habiter sur des îles au lieu de rester sur le continent ? Pourquoi les Inuits sont allés se geler les miches près du cercle polaire au lieu d’aller vivre sur des terres plus hospitalières au sud ? Pourquoi on s’est un jour lancé sur la mer sans jamais voir les rives d’en face à l’horizon, pour arriver jusqu’en Australie ? A Madagascar ? En Papouasie ? Et surtout pourquoi tu en fais un putain de trip mystique au rabais pour justifier que tu ne sais absolument pas de quoi tu parles ?!

L’Océanie toute entière compte plus de vingt mille îles et il n’y a même pas la moitié d’entre elles que tu peux apercevoir en étant sur la plage de celle qui la précède ! Les mouvements migratoires sur les mers Sylvie, ça n’est pas une révélation soudaine qui te pousse à embarquer sur un radeau avec trois chèvres et le pépé pour chercher la Terre Promise ! Ça se fait en naviguant d’îles en îles par exploration, par volonté de commercer, par besoin d’exode parce que leurs terres ne sont plus vivables pour X raisons, via la pêche, voire par accident lorsqu’une tempête déporte un navire sur de longues distances, voire tout simplement par volonté de conquête ou de colonisation ! Pourquoi tu crois qu’il y a déjà des projets pour coloniser la Lune et Mars ? C’est une réflexion d’autant plus stupide que 40 secondes plus tôt, elle leur prêtait une immense connaissance astronomique pour voyager sur les mers ! Et maintenant c’est devenu un mystère insondable ? Arrêtez de vous tirer dans les pieds, vous êtes déjà cul-de-jattes !

Mais avoir des pieds, c’est pour les faible. Sylvie n’a pas fini de se poser des questions, car elle cherche la véritancité. A 36 :48, c’est « Pourquoi les statues ont-elles ce physique si particulier qui ne correspond en rien à celui des polynésiens, nez aquilin, lèvres fines, front haut, et de la barbe » « et pourquoi leur avoir sculpté de telles mains… des mains de bâtisseurs ? »

Zou, on repart en drift complet sur la trajectoire de leur raisonnement ! Là tout d’un coup, les statues sont mystérieuses si elles ne représentent pas un humain à l’échelle 1 :1 !

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Vers 37 :59, on continue la fabuleuse odyssée des crétins en direction du Pérou, pour aller s’ébahir devant les géoglyphes, en commençant par le chandelier de Paracas. « Comme il est impossible de le dater, cela reste de la spéculation ». « Par qui, comment et pourquoi cette figure a été gravée là, personne ne le sait ».

Mais je ne vais pas sortir le lance-flammes tout de suite, car ils repartent, cette fois pour Nazca au Pérou.  « Bien que ces formes aient été exécutées en un seul trait, j’ai davantage été impressionnée par ces formes immenses et ces lignes droites parfaites […] Et j’ai risqué une question : à quoi ça sert ? A mesurer la quantité de fil pour faire un tissu ? »

Sylvie, si tu veux essayer de faire de l’humour pour décrédibiliser une théorie que tu n’aimes pas parce qu’elle va à l’encontre de tes croyances, le minimum c’est d’avoir quelque chose à proposer en échange, parce que là ça tombe complètement à plat.

Tout ce passage sur les géoglyphes péruviens suinte lui aussi le mensonge par omission.

D’abord en prétendant qu’on ne sait pas qui a fait ça : c’est complètement faux, les géoglyphes péruviens sont attribués jusqu’à preuve du contraire (et je pèse mes mots, inutile de dire que c’est pas prêt de changer vu que « preuve » ne rentre pas dans le vocabulaire du pyramidiot moyen) aux nazcas, la culture qui a précédé l’empire inca dans cette partie de l’Amérique du sud.

Ensuite en disant qu’elles ont été exécutées d’un seul trait, là encore une assertion bien commode pour faire de l’extraordinaire, sauf que Sylvie n’en sait strictement rien ! Qu’est-ce qui lui fait dire que ces dessins ont été faits d’un seul coup de pioche ?

QUE DALLE.

Puis en prétendant qu’il est impossible de le dater, ce qui est faux pour la même raison que pour la datation des statues Moai citées plus haut : le contexte archéologique lui, il se date très bien ! On a retrouvé des outils utilisés pour le carroyage de ces dessins ainsi que des éléments de poterie qu’on a très bien pu dater, c’est la raison pour laquelle la date admise pour ces géoglyphes est située autour du Ve siècle après J.C. ! Et contrairement à ce que ces abrutis essaient constamment de sous-entendre pour se draper dans leur aura de pseudo-rebelles, le monde scientifique ne réfute pas la possibilité que ces géoglyphes aient une autre datation/origine/fonction, le problème c’est –encore une fois- qu’on a aucune autre explication qui soit prouvée, et que Sylvie le veuille ou non :

L’ABSENCE DE PREUVES N’EST PAS ET NE SERA JAMAIS UNE PREUVE EN SOI.

Faites-vous tatouer ça sur le cul, ça finira peut-être par rentrer.

Et d’ailleurs ils « oublient » là encore de mentionner le fait que les géoglyphes ne datent pas d’hier, il y en a un peu partout autour du globe, à commencer par l’Angleterre où le géoglyphe le plus connu d’Europe se trouve dans le comté d’Oxfordshire.

« Ça n’avait pas l’air de déranger outre mesure de ne rien avoir de plus concluant à proposer ».

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Mais ça manque encore un peu de raccourcis foireux et de mensonges par omission, Sylvie se dépêche donc de rectifier ça. A 39 :50, on est partis pour les pyramides inexplorées de Nazca, pas fouillées faute de moyens. « J’ai découvert avec surprise des momies, car il me semblait qu’on en trouvait seulement en Égypte » (au musée d’Ica, au Pérou). « Ainsi que ces étranges crânes déformés, qui m’ont fait penser à une statue d’Akhénaton, ancien pharaon égyptien ».

Aaah mais cette tendance systématique au sous-entendu hypocrite, qu’est-ce que ça peut être gonflant. Vous l’aurez deviné vous-même, cette phrase n’a pour but que de faire un rapprochement implicite et non assumé entre les égyptiens et les incas. La pensée sous-jacente c’est évidemment que les deux peuples se connaissaient puisque tous les deux connaissaient la momification et la déformation crânienne! Sauf  que l’une comme l’autre sont des techniques qui sont très répandues tout autour du globe et pas des procédés propre à ces deux peuples uniquement ! DIX ANS DE RECHERCHE POUR CA ?

Tenez mais regardez, en cherchant quelques secondes on trouve des articles sur la momification au Japon au haut-moyen-âge, par exemple, ou encore celui-ci qui traite de la déformation crânienne dans l’Iran ancien !

Oh tiens, et encore la même chose chez nous, en France, à la période médiévale!

A partir de 40 :04, le film, qui avait déjà atteint le fond du trou en matière de mensonges et de faux arguments, décide de s’emparer d’une pioche et de creuser encore plus profond, c’est complètement hallucinant. La séquence ne dure qu’une minute et quinze secondes environ, mais elle est absolument consternante.

Soyez bien attentifs.

A 40 :04 donc, Sylvie prétend s’être rendue ensuite à « Cuzco, qui dans la langue des incas signifie « le nombril du monde » ». Premier argument pourri pour faire croire au spectateur un peu concon qu’il y a visiblement un rapport avec la même dénomination donnée par les Pascuans à l’île de Pâques, alors qu’en réalité cette appellation de « nombril du monde » se retrouve dans pratiquement TOUTES les capitales ou les villes un peu importantes des grands empires ayant marqué la Terre, de Rome à Babylone en passant par Delphes.

Mais Sylvie ne s’arrête pas, et montre ces images en continuant de pérorer : « en plein cœur de la ville, on trouve cette enceinte faite d’énormes blocs, deux générations de murs », suivi du bullshit habituel à propos des gros-blocs-assemblés-tellement-trop-bien-que-c’est-pas-les-incas-qui-l’ont-fait.

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Déjà, là, il y a quelque chose qui déconne.

Pourquoi? Parce que Sylvie nous montre très rapidement ces images où il y a marqué « site d’Aukaupata », mais elle ne prononce pas le nom du site, elle se contente de dire que « en plein cœur de la ville, on trouve cette enceinte ». Le film étant monté pour avoir un rythme très rapide, on y fait pas attention, sauf que quand on se met à chercher un peu, on découvre qu’il n’y a absolument aucun site historique dans toute la ville de Cuzco qui porte ce nom : Aukaupata, c’est le nom d’un canton de la province de Muñecas, situé dans le département de La Paz, en Bolivie, à 410 kilomètres au sud-est de Cuzco.

Sylvie a donc de toute évidence inventé de toute pièces un mur qui n’existe pas. Heureusement, on comprend pourquoi quelques secondes plus tard.

Car à 41 :00, c’est le retour de l’argument d’autorité, avec cette fois l’intervention de Mallku Aribalo, que Sylvie, en toute impartialité et sans à-prioris, présente comme un « écrivain, chercheur et historien des sites du Pérou ».

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Loin de moi l’idée d’être méfiant et de remettre en cause la bonne foi de nos chercheurs de véritance. Mais bon, vu que sur la petite dizaine d’intervenants présentés jusqu’ici, il n’y en avait que deux qui savaient réellement de quoi ils parlaient, vous m’excuserez de fouiller un peu. Qui c’est-y donc, Mallku Aribalo ?

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Ah.

Visiblement un écrivain oui, un écrivain de bouquins sur la spiritualité andine, mais écrivain tout de même, en plus d’être un genre de néo-hippie végétarien qui fait de l’initiation chamanique pour les touristes.

Certainement un brave type donc, mais toujours est-il que ce gugusse n’est absolument pas un chercheur, ni un historien, et encore moins un archéologue évidemment, mais s’il fallait interviewer un archéologue pour parler d’archéologie, ça se saurait, hein?

Au passage, pendant la même séquence ils font également venir le Dr Rosenberg, présenté comme un prof d’histoire de l’art améwicain, de l’université de Rutgers, donc forcément un expert en tout vu qu’il est améwicain. Sauf que le mec ne s’y connaît pas plus que Mallku-le-Chaman, mais ça vous l’aurez compris vous-même à ce stade.

Mallku Aribalo donc, « selon qui ce site (Sacsayhuamán) forme avec Cuzco et un autre site sacré du nom de Qenqo un triangle parfait ».

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Stop. Alors pour commencer, d’un coup il n’est plus question d’Aukaupata, le site dont ils nous parlaient plus haut : Sylvie se contente de dire qu’un des points est à Cuzco (sachant que la ville fait 385 kilomètres carrés, ça va c’est pas trop large comme point de référence), et sur l’image qu’elle nous montre, le point du bas s’appelle « Wakayrata ». Là encore, le film est monté tellement rapidement qu’on y fait pas gaffe. Donc en moins d’une minute, ils ont remplacé un de leurs points de référence par un autre dont on ne sait absolument pas ce que ça peut être.

Ensuite, le nom de « Wakayrata », ça ne correspond à strictement rien : tout comme « Aukaupata », « Wakayrata » n’existe pas à Cuzco. Ça n’est pas un nom de site archéologique, ni historique, ni un quartier, ni une rue, ni un toponyme, ni un bâtiment quel qu’il soit, et aucun moteur de recherche ne mentionne ce nom. En fait ça pourrait tout aussi bien être le nom d’une marque de produit W.C. local que ça serait exactement pareil!

Et enfin, l’endroit où ils placent ce « Wakayrata », c’est ça :

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C’est-à-dire la Plaza de Armas, la grande place de la ville, qui est parfois appelée Huacaypata par la population locale, (que les auteurs de ce navet ont donc visiblement grimé en « Aukaupata« ), et sur laquelle on ne trouve absolument AUCUN mur inca, comme vous pouvez le constater !

Pour résumer, non contents de filer à 300 km/h sur l’autoroute de la connerie en travestissant la réalité pour que ça colle avec leurs idées préconçues, les auteurs de LRDP en sont réduits, à ce stade du film, à INVENTER de toutes pièces des sites historiques pour montrer quelque chose de vaguement impressionnant à l’écran !!

Mais malheureusement ça n’est pas fini, car cette séquence absolument pathétique souffre encore d’au moins deux nouvelles incohérences pour finir de la ridiculiser : premièrement, on peut voir sur l’extrait montré plus haut qu’ils placent les deux autres points de ce triangle absolument n’importe où.

Le site de Saqsaywaman fait tout de même 180 000 m², et rien ne justifie qu’ils placent ce côté du triangle en plein milieu du lac sacré, sur un des murs de la forteresse ou sur la porte d’entrée ; et le même problème se pose avec le site voisin de Qenqo. Pourtant si vous voulez que votre foutu triangle soit parfait, la précision c’est important, parce qu’en décalant un de vos points d’un seul mètre, votre triangle ne sera plus parfait du tout ! En fait, la seule et unique raison pour laquelle ce point est situé là où vous le voyez à l’écran, c’est parce que c’est le seul endroit à partir duquel la distance jusqu’à Qenqo peut être de précisément 1,25 kilomètres !

Et deuxièmement, mettons que les escrocs derrière cette bouse grandiloquente n’aient pas tous les problèmes que je viens de vous lister, et que tout ce micmac donne effectivement un « triangle parfait ».

QU’EST-CE

QUE

CA

PROUVERAIT ?!

Pourquoi un triangle, et pas un cercle ? Ou un rectangle ? Ou une étoile, ou un polygone, ou allez savoir quelle autre forme géométrique !? En quoi le fait de former un triangle, fût-il parfait, dénote quoi que ce soit ?  Le pire c’est qu’eux-même n’en ont absolument aucune putain d’idée, ils se contentent juste de balancer ça et de partir en courant en enchaînant sur une autre stupidité, en sachant très bien que le spectateur n’aura pas le temps d’y réfléchir et de se rendre compte de l’absurdité de l’argument !

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Notez que malgré cette accumulation de mensonges et de manipulations grossières, ce sont les mêmes individus et leurs hordes de groupies au QI abyssal qui viendront pleurnicher que l’archéologie est un dogme et gnégnégné et qu’ils font rien qu’à réécrire l’histoire et je ne sais quelle connerie ! Pratiquer le foutage de gueule à ce niveau-là, c’est quand même une sacrée performance !

Mais il y a encore le dessert, car à 42 :39, c’est le retour de la comparaison foireuse entre des « angles de mur » (si si, réellement) et les assemblages en miroir de Gizeh et Machu Picchu :

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Mais bordel, ça n’a strictement rien d’une révélation ça ! C’est tout simplement ce qui se passe quand vous voulez construire un bâtiment avec des blocs monumentaux et que les blocs qui arrivent sur le chantier ne conviennent pas à leur emplacement : ON LES RETAILLE.

Qu’est-ce qui vous fait dire que les incas allaient s’emmerder à réexpédier les blocs à la carrière, c’est complètement con ! La seule solution devant ce problème c’était de retravailler la pierre sur place pour qu’elle rentre, et pas de la benner devant l’entrée, par souci d’économie de temps et de matériaux ! Et ça n’est pas la seule raison pour laquelle ces blocs sont taillés de cette façon, mais comme je l’ai dit dans un épisode précédent, on s’y intéressera plus longuement dans un autre article, sinon ça ne finira jamais. Toute la stupidité de ce raisonnement réside une nouvelle fois dans le fait de prendre deux faits aux apparences identiques, de les sortir de leur contexte, de les entourer d’un bon gros flou et de les présenter de la façon la plus biaisée possible alors que ce n’est que la même solution qui a été apportée de manière logique à deux problématiques similaires ! Et c’est pareil pour la seconde image qui ne montre rien d’autre qu’un putain de LINTEAU.

Exemple : si deux peuples du Néolithique, l’un en Bretagne et l’autre en Germanie, choisissent de construire leur ville en éperon barré :

Ça n’est pas parce que c’est le même mec qui a dirigé les travaux des deux chantiers à 2000 kilomètres de distance mais parce que dans les deux cas c’est le meilleur moyen pour économiser les matériaux et n’avoir à construire qu’une section de rempart et pas quatre !!

Allez courage, on en est à la moitié. La suite la semaine prochaine.

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Ou même ici: @LeeSapeur

 

Bibliographie:

 

KOSEI Andō, Des momies au Japon et de leur culte. In: L’Homme, 1968.

SOTO-HEIM Patricia, Déformation crânienne dans l’Iran ancien. In: Bulletins et Mémoires de la Société d’anthropologie de Paris, XIV° Série. Tome 3 fascicule 2, 1986.

DELAIRE, BILLET, Considérations sur les déformations crâniennes intentionnelles, Société de Stomatologie, 1964.

ÖZBEK, Metin. A PROPOS DES DEFORMATIONS CRANIENNES ARTIFICIELLES OBSERVEES AU PROCHE-ORIENTPaléorient, vol. 2, no. 2, 1974.

BUCHET Luc, La déformation crânienne en Gaule et dans les régions limitrophes pendant le haut Moyen Âge : son origine — sa valeur historique. In: Archéologie médiévale, tome 18, 1988.

5 réflexions au sujet de « La Révélation des Pyramides, épisode VIII »

  1. Chuis fan. J’attends le prochain épisode comme si c’était la prochaine fournée de la petite madeleine de Proust. Au sujet de la fabuleuse migration des peuples du Pacifique, qui a duré des milliers d’années et dont eux-mêmes n’étaient pas au courant jusqu’à ce que les Européens s’en rendent compte, voir les diverses études qui démontrent par la linguistique cette saga austronésienne débutée à Taïwan.
    https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2013-1-page-27.htm

    Aimé par 1 personne

  2. Purée, après tout ce temps à relever les idioties de ce documentaire, tu m’en fais découvrir de nouvelles. J’avais totalement raté le tour de passe-passe avec Cuzco. LRDP, c’est la machine à idiotie infinie.

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