« 17 découvertes suggérant l’existence de civilisations préhistoriques évoluées », seconde partie

Deuxième partie.

Sergio, diapo suivante ?

13/ Les cartes marines de l’Antarctique, une région oubliée par le guide du Routard :

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L’amiral turc Piri Reis donc, qui aurait offert à Rüstem Pacha, vizir de Soliman le Magnifique, une carte du monde connu au XVIe siècle qu’il aurait réalisé personnellement. Carte qui comporte les côtes des régions récemment découvertes à cette époque, en particulier les côtes du Brésil, les Caraïbes et un peu de l’Afrique. La carte originelle était beaucoup plus grande, mais elle a été déchirée avant sa présentation à Rüstem Pacha, et on ignore ce qu’il est arrivé de l’autre. Une bête carte donc, très jolie mais qui a l’air de présenter, au sud, un profil côtier qu’on ne connaît pas ! Un profil qu’un aviateur américain aurait donc reconnu comme étant la côte de l’Antarctique.

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« Le Dr Hapgood (1904-1982) fut l’un des premiers à suggérer publiquement que la carte de Piri Reis dépeignait l’Antarctique au cours d’une époque préhistorique. »

Et par « suggérer publiquement », comprenez « oser briser le dogme de la Cartographie Officielle© et révélationner au monde que l’Antarctique est à 300 bornes grand maximum de Rio de Janeiro. »

On ne se privera pas non plus de faire un bon gros argument d’autorité de merde en glissant en scred qu’Albert Einstein a apprécié le bouquin de Hapgood, et que donc c’est automatiquement la vérité vraie.

Donc, d’accord, la carte de Piri Reis montrait l’Antarctique.

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Bon. Alors, on va commencer avec Hapgood justement :

Outre le fait que ce mec était bien diplômé d’histoire médiévale et moderne d’Harvard, il était surtout trèèès branché paranormal et tout ce qui s’ensuit ; il a consacré une partie de sa carrière à la recherche du continent perdu (le fameux) Mu, et en particulier à en prouver l’existence. Vous sentez venir les emmerdements rhétoriques, là ? Oui, effectivement, partir d’une conclusion préconçue et chercher ENSUITE les preuves qu’elle est vraie, c’est pas franchement le meilleur moyen d’être crédible.  Il s’est donc vautré avec joie dans les courants de pensée clamant à qui voulait l’entendre les légendes de l’Atlantide et du Déluge, et s’est même mis à réfuter le darwinisme et enfin à publier des bouquins pour réhabiliter le créationnisme.

Carrément.

 

Inutile de dire que le monde scientifique n’a jamais cautionné ces conneries et au passage, quand on s’intéresse à sa bibliographie, on s’aperçoit que l’implication d’Albert Einstein dans l’affaire s’est limitée à la préface  de son premier bouquin en 1958, lequel traite de la théorisation du mouvement des plaques tectoniques. Donc bien avant que Charles ne pète les plombs et passe de l’historien d’Harvard au témoin de Jéhovah sniffant de la colle.

Donc, tout ça pour dire que de citer comme argument d’autorité un type comme celui-là, ça revient à dire que le communisme c’est cool parce que Lénine trouvait ça cool aussi.

Outre ça, toute sa supposition et celle de l’aviateur américain W. Burroughs, qui est cité comme 2e argument d’autorité de cet oopart, repose sur la prétendue déglaciation de l’Antarctique et son rapprochement de l’Amérique du sud !

Sauf que quand on s’informe un tant soit peu sur le mouvement de la tectonique des plaques, on apprend que l’Antarctique s’est séparé du continent sud-américain il y a approximativement 25 millions d’années avant d’être recouvert de glaces !

 

Des glaces qui perdurent encore aujourd’hui et que donc, ni Piri Reis ni aucun de ces prédécesseurs jusqu’à preuve du contraire, n’ont vu un jour dégeler pour qu’ils cartographie avec précision toutes les côtes dudit continent.

Et ce qui ne va pas non plus, c’est que cette côte ne ressemble absolument pas à celle de l’Antarctique :

La carte reste a peu près exacte jusqu’à la pointe orientale du continent et jusqu’à l’embouchure du rio São Francisco, mais ensuite ça part complètement en testicules avec un relief plus moins déchiqueté mais relativement uni ! Vous l’avez vu ? Maintenant, vous pouvez me dire où est-ce que vous pouvez reconnaître un profil pareil (où, je le répète, on ne trouve pas le putain de détroit de Magellan) là-dessus ?

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La pointe de la péninsule Antarctique est introuvable, la baie de la mer de Weddell est aux abonnés absents et l’incurvation générale de la côte ne correspond absolument pas à celle de la carte de Piri Reis !

Cet oopart fait partie, avec l’ampoule magique de Dendérah, des deux plus célèbres dans le milieu. Et certains vont même jusqu’à pousser la consommation de meth en quantité maximale, au point de suggérer qu’une ancienne civilisation aurait cartographié cette région du monde et transmis le relevé de cette côte de père en fils jusqu’à Piri Reis ! Avouez que dans cette hypothèse là, ça la fout drôlement mal d’avoir les moyens de tracer la carte de continents entiers mais de ne pas savoir les représenter correctement !

Plus sérieusement, si nous nous penchons sur la question de la cartographie avant le perfectionnement de ses techniques, à partir du XVIIe siècle, on s’aperçoit que toutes les cartes et les plans contiennent des erreurs énormes et représentent les masses continentales avec de gigantesques approximations :

Carte d’Ortelius.

Carte de Ptolémée.

Carte de l’océan Indien par Al-Idrisi.

Et pour finir, comme c’est intelligemment suggéré ici, on constate de visu que cette côte sud prise par erreur pour l’Antarctique est une de ces erreurs d’appréciations de la côte, et qu’elle colle par contre très bien aux côtes du sud du Brésil, de l’Uruguay et de l’Argentine !

 

12/ Le sismographe made in China :

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Ah, le sismographe chinois. Alors ça, c’est un cas particulier : il a vraiment existé. Zhang Heng était un inventeur chinois né sous la dynastie des empereurs Han, et qui a inventé au IIe siècle après J.-C. un appareil permettant, effectivement, de signaler qu’un tremblement de terre avait eu lieu et surtout, sa direction.

La commande lui avait été passée par l’empereur Han Shundi, qui régnait alors sur un empire grand comme l’Europe et qui était régulièrement victime de séismes. Pour optimiser l’envoi des secours aux régions sinistrées, il a donc passé commande à Zhang Heng, qui n’était pas la moitié d’un con et lui a présenté cet ingénieux appareil :

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Ce que je relèverai donc ici, c’est le commentaire de Fabrice, qui dit, je cite : « Comment il fonctionne exactement cela reste un mystère, mais il a été construit avec une précision comparable à celle des instruments modernes.»

Ah, la précision des instruments modernes ! Ça, ça doit figurer en bonne place dans le bingo de l’argumentaire foireux des pyramidiots de tout poil ! Les « instruments modernes », a.k.a « les zordinateurs ‘pis les satellites pis tout ce que je pige pas mais c’est trop sophistiquationné ». On parle de quels instruments, là ? Et comment tu définis moderne ?

Parce que pour info, on a commencé à inventer des appareils fonctionnant selon le même principe dès le XVIIIe siècle en Europe. Beaucoup plus tard que dans la Chine antique certes ; et on en vient au fond du problème, qui consiste à tabler sur la systématique incompétence des civilisations nous ayant précédé, et ce quel que soit le domaine, ce qui dénote là aussi une inculture gravissime, pour ne pas dire consternante.

Bon alors, concrètement : non, c’est faux, son fonctionnement n’est absolument pas un mystère, et si l’engin a été remarquablement construit, il n’a rien d’infaisable pour un peuple qui maîtrise l’incroyable technique du « Je suspend une pierre au bout d’une corde ».

Parce que oui, c’est bien de ça dont il s’agit : Zhang Heng a compris comment fonctionnaient les ondes sismiques et leur propagation à partir de l’épicentre, comme c’est expliqué ici.

Et comme c’est illustré sur cette vidéo :

 

Le principe de son invention consistait en un poids au bout d’un fil, entouré de six butoirs en bois. Quand une onde sismique, résultant d’un séisme plus ou moins lointain, arrivait jusqu’à l’appareil, elle faisait –très légèrement- la corde et son poids, lequel allait frapper le butoir le plus proche, butoir qui poussait alors une bille dans un petit tuyau et la faisait ressortir de l’appareil. On savait alors qu’un tremblement de terre était survenu et qu’il venait de telle direction ; les secours pouvaient alors immédiatement partir sans attendre.

Donc comme vous le voyez, c’est très intelligent, mais absolument pas infaisable ni mystérieux.

11/ La tuyauterie du Paléolithique

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Celui-là, c’est du costaud. Les tuyaux de Baigong font partie des ooparts les plus tenaces, et si vous cherchez ça sur internet, vous allez avoir du mal à trouver autre chose que des sites plus ou moins conspirationnistes qui se refilent le même article en boucle sans jamais se relire, et encore moins vérifier la pertinence de ce qu’ils publient. Difficile donc de trouver des publications scientifiques sur le sujet, mais nous allons voir que là encore, il n’y a pas besoin d’aller très loin pour comprendre que le mystêêêêêre n’en est pas un, comme d’habitude.

Il s’agit de cet article, publié en 2002 par l’organe de presse officielle du gouvernement chinois, qui explique en huit petits paragraphes qu’un habitant de la région du Qinghai (dans le centre-ouest de la Chine) a découvert dans une grotte, ce qui s’apparente à de grands tuyaux, traversant la roche et s’enfonçant dans le sol. Mieux, sur les rives du lac voisin de Toson, on trouve une quantité d’autres tuyaux du même genre, éparpillés et dont le diamètre varient entre deux cinq centimètres, un peu moins que ceux de la grotte.

Des échantillons ont été prélevés par des géologues chinois et datés par thermoluminescence, ce qui a permis de leur donner l’âge approximatif de 140 à 150 000 ans.

Comme on a aucune trace de présences humaine dans le coin avant 30 000 ans, et c’est déjà pas mal, il n’en fallait forcément pas plus pour réveiller l’appétit ufologique de tous les idiots du Web, qui se sont donc mis à clamer partout que forcément, il y a un gros mystère là-dessous qu’on nous cache/qu’on peut pas expliquer.

Et Fabrice n’est pas le dernier sur le coup : « L’agence de média géré par l’État, Xinhua a rapporté que les tuyaux avaient été analysés dans une fonderie locale et que 8 % de la matière n’était pas identifiable. ».

Ce qui est une manière bien détournée de présenter les choses, puisqu’en précisant que 8% de la matière n’est pas identifiable, on introduit le doute ; alors que si on arrête deux secondes de faire du putaclic et qu’on cherche un peu, comme sur cet article du site américain Skeptoïd qui a débunké l’affaire il y a quelques années, là par contre on peut préciser que 92% de la matière constituant ces tuyaux est constitué de minéraux et de métaux communs.

La réalité, c’est que ces fameux tuyaux de Baigong n’ont rien, jusqu’à preuve du contraire, d’extraterrestres : il s’agit d’une formation géologique parfaitement naturelle qui repose sur l’activité volcanique et géologique de la région, qui a été et est encore très intense dans ce coin du monde où les plaques asiatiques et indiennes s’entrechoquent.

Pour la faire courte, la première théorie avancée par les scientifiques chinois était que les couches de grès du plateau du Qinghai s’entrechoquent de telle façon qu’elles se fracturent et se fissurent en permanence, laissant des millions d’anfractuosités dans laquelle les inondations régulières (je parle là d’un phénomène géologique étalé sur une période extrêmement longue, et qui remonte au Pléistocène moyen) viennent s’engouffrer et déposer une quantité de sédiments exogènes, en l’occurrence riches en fer.

C’est valable oui, mais ça n’expliquait pas néanmoins que des fissures aient une telle apparence, si régulière. Le mystère a été résolu quelques temps plus tard, quand les échantillons de ces tubes ont été examinés  par radioscopie à l’université de Lanzhou : on s’est alors aperçus que ces structures tubulaires qu’on prend pour des tuyaux sont constituées de résidus organiques de plantes carbonisées, transformées en fossiles par le temps et l’action de la diagenèse (le processus selon lequel les sédiments se transforment en roche). Sachant que la région possédait un climat subtropical au Pléistocène, cela explique la chose ; d’autant que l’on a un cas précédent, en Louisiane, de racines végétales venant à se fossiliser et qui donnent des formations rocheuses d’un aspect étrangement tubulaires (voir bibliographie).

Rien de bien sorcier donc, mais ça n’arrête pas Fabrice dans sa quête de vérité, et d’ailleurs il ajoute que : « Mais il a admis, qu’« il y a en effet quelque chose de mystérieux au sujet de ces tuyaux. » Il a cité la radioactivité comme un exemple des qualités étranges de ces tuyaux. »

Ce qui est là aussi un bon gros détournement de la vérité, puisque la radioactivité dont on parle est elle aussi consécutive à l’ancienne activité géologique et volcanique de la région, ce qui est le cas partout dans le monde !

Étrââânge ! Mystérieuuuux ! Nos « chercheurs indépendants » ont donc la flemme de chercher, mais ils ne l’ont jamais lorsqu’il s’agit d’agiter ces fameux tuyaux comme une preuve de la présence passée d’une civilisation ancienne (tiens, ça faisait longtemps) ou d’extraterrestres.

Comme je le disais plus haut, l’article de Skeptoïd montre que d’autres ont débunké avant et mieux que moi la chose. Avant de passer à la suite je vais néanmoins pointer d’autres incohérences dans ce pseudo-oopart : premièrement, je ne vois pas dans quelle dimension parallèle ça peut être une bonne idée de fabriquer EXPRÉS de la tuyauterie radioactive qui, donc, contamine toute la flotte qu’elle transporte.

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Deuxièmement, si cette tuyauterie devait être destinée, comme l’affirme certains sites, à acheminer de l’eau jusque dans une pyramide (en fait c’est une colline, mais bon, après l’histoire des pyramides de Bosnie, on a pris l’habitude de ce genre d’imbécillités), dans ce cas-là ça n’a aucun intérêt d’en fabriquer une telle quantité :

Là, c’est juste du gaspillage de matériaux qui n’a aucun sens pour une civilisation assez avancée pour maîtriser une « technologie » pareille.

Troisièmement, si cette pseudo-plomberie est une création d’une espèce intelligente, comment ça se fait que les tuyaux soient tous bouchés, qu’il n’y en ai pas un qui soit précisément du même diamètre que son voisin, et qu’une partie d’entre eux n’aboutissent même pas dans ce foutu lac ?!

Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’on trouve quand on se renseigne un peu sur ce genre de phénomènes géologiques ?

Oh dis donc, on en trouve absolument partout, sur tous les continents ! Ils ont été installer leur plomberie jusqu’en Turquie, vos extraterrestres ?

Et en Norvège, en France, en Namibie, en Islande, en Inde ? Allez, suivant !

10/ La machine, je veux dire, l’ordinateur portable quantique d’Anticythère

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Au début du vingtième siècle, des pêcheurs grecs plongeant au nord-ouest de la Crète pour chercher des éponges font la découverte d’une épave.

La chose est monnaie courante dans la région, en particulier dans cette zone qui était un point de passage obligé pour les échanges maritimes pendant toute l’Antiquité, entre la Grèce et l’ouest de la Méditerranée. On s’aperçoit qu’il s’agit d’une galère, qui se trouve à soixante mètres de profondeur et de laquelle les pêcheurs remontent un grand nombre d’objets.

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Des récipients, des éléments de statues –dont l’éphèbe d’Anticythère-, des instruments de musique, du mobilier et d’autres objets sont ramenés à la surface, bientôt avec l’aide de la marine grecque, prévenue entretemps. Plusieurs opérations de fouilles sous-marines ont été organisées par la suite, et notre Cousteau national y est même allé à son tour avec la Calypso. Des campagnes de fouilles sont encore organisées de nos jours, et les objets mis au jour dans le navire ont fait l’objet de restaurations pendant à peu près tout le vingtième siècle. On a daté le naufrage de -50 à -80 avant J.-C.

Hormis tout le bric-à-brac cité ci-dessus, on a également découvert dans l’épave 82 éléments d’une étrange machine dotée de rouages, connue depuis sous le nom de machine d’Anticythère (c’est l’île au large de laquelle on a découvert l’épave).

Avouez que c’est le bel engin.

La machine est constituée d’un boîtier en bois, dont les faces sont couvertes d’inscription (un texte astronomique d’un côté et une sorte de mode d’emploi de l’autre), et d’un mécanisme complexe doté d’une trentaine de rouages.

Il a été daté plusieurs fois, d’abord du IIe siècle avant J.-C., puis du IIIe quand on s’est aperçu que le calendrier décrit dans un des textes datait de -205 avant J.-C.

Après étude et reconstitution, on s’est aperçu que ce magnifique engin était une horloge astronomique, permettant de calculer avec une excellente précision le mouvement des planètes, des étoiles, de la Lune et du Soleil ainsi que le jour de l’année.

Évitons de trop digresser sur le sujet, la machine a déjà fait l’objet de pas mal de publications et la page Wikipédia qui y est consacrée est très complète.

Comparé aux autres énormités qui peuvent être proférée dans cette liste, cette entrée est à la limite de l’oubliable puisque Fabrice se contente de faire un résumé plus que grossier de l’engin, mais sans trop mentir sur le sujet.

Ce que je me contenterai de relever ici, c’est essentiellement le catalogage un peu gratuit de cette machine dans les ooparts : elle n’a rien d’hors-contexte. Rien ne permet de la dater en dehors du créneau des autres vestiges découverts avec, les matériaux qui la composent n’ont rien d’exceptionnel non plus.

Alors quoi, qu’est-ce qui la rend particulière ? Son mécanisme ? Oui, c’est surprenant en cela qu’aucune découverte archéologique précédente n’avait révélé une machine d’une complexité pareille. Mais à part ça !? Tout ce que je flaire ici, c’est un gros relent de « mais je comprends pas, à l’époque on s’éclairait à la bougie et on savait à peine forger le métal, alors construire un ordinateur c’est trop pas possible », basé sur cette propension systématique à prendre les peuples du passé pour des débiles profonds.

D’autant qu’il en rajoute une couche ensuite en précisant que « Mathias Buttet, directeur de la recherche et du développement pour l’horloger Hublot, a déclaré dans une vidéo diffusée par le Ministère de la Culture et du tourisme de la République hellénique, que « ce mécanisme d’Anticythère inclut des fonctionnalités ingénieuses qui n’ont pas été découvertes par l’horlogerie moderne. » Et donc que le savoir-perdu-des-anciens-qui-étaient-trop-avancés-technologiquement et gnégnégné et gnégnégnéééé, ah mais qu’est-ce qu’ils peuvent être lourdingues avec ça. Mathias Buttet, effectivement directeur de la R&D chez l’horloger Hublot, a surtout bossé en partenariat avec le laboratoire chargé d’étudier la machine d’Anticythère et en a construit une copie miniaturisée.

Trois copies même, dont une a été vendue aux enchères et dont l’argent est revenu au musée qui expose aujourd’hui la vraie machine. Sauf qu’il ne dit pas que ce truc a été construit par une race d’anciens hyperboréens qui se baladaient en voiture volante, contrairement à ce qu’essaie de sous-entendre Fabrice avec la lourdeur d’un morse qui danse le tango, mais qu’elle utilise des mécanismes qui n’ont pas été repris par la suite dans l’horlogerie. Ce n’est pas pour autant qu’on a passé les 2000 années suivantes dans l’obscurantisme le plus absolu, vu qu’on a continué au contraire d’inventer des horloges astronomiques permettant d’obtenir le même résultat

et surtout, dans la mesure où cette machine est arrivée facilement trois ou quatre siècles après que des savants grecs comme Pythagore ou Euclide aient déjà posé toutes les bases des mathématiques modernes, de la géométrie, de l’arithmétique, du mouvement des planètes et j’en passe, elle n’est que la conséquence logique de ce savoir. Donc même de ce point de vue, la machine d’Anticythère n’est pas un oopart.

Mais enfin bon, je chipote. Passons.

 

9/ Le foret oublié dans le charbon

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Image non contractuelle évidemment.

Donc, un antiquaire du XIXe siècle présente un « « « « objet mystérieux » » » » une réunion d’une société d’antiquaire écossaise, et oh là là, c’était une mèche de forage ! Oui môssieur, une mèche de forage, trouvée au cœur d’une veine de charbon par des ouvriers construisant une route à côté de Glasgow.

Alors ça c’est dingue, le charbon c’est très très très très vieux, donc si on trouve une MÉCHE DE FORAGE (je devine qu’il a pensé très fort à rajouter « en plus c’était une mèche Black & Decker alors hein ») dans du charbon, bin c’est que la mèche de forage devait être là avant le charbon, donc pour expliquer ça, qui c’est qu’on appelle ?

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Dites-donc, on ne s’en sort plus ! Ils viennent sur une Terre même pas encore viable pour construire des murs moches et poser des tuyaux qui ne servent à que dalle, et ensuite ils oublient leurs détritus dans des veines de charbon qui ne sont encore que de vieux tas de compost dégueulasse !

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Parce que oui, si on part de leur hypothèse à la mords-moi-le-nœud, alors ça veut dire que ce machin a été déposé dans cette veine de charbon au Carbonifère, c’est-à-dire il y a plus de 300 millions d’années ! A ce moment-là les dinosaures n’existent même pas encore, la végétation elle-même est balbutiante et du coup, vous pouvez me dire à quoi ça sert de forer dans un marais ? Le charbon résulte de la sédimentation et la fossilisation de couches compressées de végétaux, alors pourquoi vous voulez y mettre un foret ?

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Mais ça ne s’arrête pas là ! Non seulement il n’y a aucune autre traces alentours de cette activité des Anciens Bâtisseuuuuuuuurs® (oui, encore), mais quand on lit la publication scientifique dont parle Fabrice, on constate de visu qu’elle ne dit pas ce qu’il essaie de lui faire dire.

Ces Actes de la Société des Antiquaires d’Écosses sont visibles ici .

L’article consacré à la « découverte » de John Buchanan se trouve page 121. Le brave homme y écrit (il n’a pas présenté en personne sa découverte à la société, il l’a envoyée par courrier avec une lettre) qu’en cette année 1852, des terrassiers s’activaient au nord-ouest de Glasgow pour construire une route. Non loin d’un lieu-dit appelé Burnbank, les ouvriers travaillaient à aplanir le terrain pour faire passer la route, quand ils sont tombés sur un banc de diluvium et d’argile qu’ils se sont mis en devoir de défoncer. Ce faisant, ils ont mis au jour une petite veine de charbon de 22 pouces de large.

John Buchanan n’était évidemment pas présent à ce moment-là, le chantier était supervisé par un certain Robert Lindsay, en qui il assure avoir toute confiance. Les ouvriers ont miné le charbon pour l’utiliser, quand le fils du contremaître, Robert Lindsay junior, a cassé un gros bloc de charbon extrait et y a trouvé « the iron instrument now sent in the very heart of it ».

DONC, premièrement John Buchanan n’a rien trouvé du tout, il ne fait que rapporter la découverte d’un autre. Deuxièmement, lisez la publication : pas une fois le mot « drill » est prononcé. Il n’y a ni gravure, ni dessin ni photographie de l’objet découvert en question, on ne parle que d’un « iron instrument », un objet en fer donc, du coup je ne vois pas ce qui leur fait dire que c’était une mèche de 12.

Troisièmement, Fabrice a –étrangement- l’honnêteté de préciser que la société des antiquaires a conclu que « l’instrument de fer pouvait être la partie d’un foret cassé pendant d’anciennes recherches sur le charbon », mais il dit ensuite que le rapport de Buchanan n’indique aucun signe de forage dans le charbon environnant.

Ceci pour écarter d’office l’hypothèse d’un reste d’instrument cassé pendant d’anciens forages, ce qui serait pourtant la putain d’hypothèse la plus crédible au contraire, puisque l’Écosse est littéralement une mine de charbon à ciel ouvert, et en particulier autour de Glasgow justement ! Le bassin houiller local produisait en 1800 plus de deux millions de tonnes annuelles, et son exploitation a commencé dès la Renaissance, alors en quoi est-ce étonnant de retrouver des restes d’opérations de sondage des gisements un peu partout ?!

Sauf qu’établir un argument à partir de ce que ne dis pas un texte, moi j’appelle ça un raisonnement foireux. A ce compte-là, qu’est-ce qui nous empêche de décréter que les romains ont vaincu les Carthaginois grâce à Terminator ? Bah quoi, c’est pas dit dans les textes donc c’est peut-être ça !

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Bref, c’est de loin l’hypothèse la plus crédible, et justement suggérée par la publication, que cette pièce de fer soit un reste de forage ! Sachant qu’en plus les ouvriers qui s’échinaient au travail se préoccupaient de défoncer la roche vite et bien, je ne vois pas comment ni pourquoi ils auraient prêté attention à des traces de forage qui sont en plus discrètes par nature !

Ah, et encore un autre détournement de ce qu’il y a écrit : Fabrice nous dit que « La Société des Antiquaires a conclu que l’instrument était à un niveau avancé de technologique moderne ». Alors, allez savoir ce que ça signifie, « un niveau avancé de technologique moderne », mais toujours est-il que tout ce qui est précisé par le texte, c’est que « l’instrument qui a été présenté à la réunion a été considéré comme moderne ». Mais forcément, si on cite le texte tel quel, on peut moins facilement jouer sur les mots et piocher dans le champ lexical de la technologie-très-très-avancée-des-anciens-bâtisseurs.

Or, rappelons que les mèches de forage, ça date de la fin du Moyen-Âge !

Allez, au suivant !

 

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Bibliographie :

Mossa, J., Schumacher, B. « Jets d’arbres fossiles dans les sols du sud de la Louisiane. » Journal de recherche sédimentaire. 1er juillet 1993, volume 63, numéro 4: 707-713.

Beitler, B., Parry, W., Chan, M. « Empreintes digitales d’un écoulement de fluide: histoire chimique diagénétique du grès Navajo du Jurassique, sud de l’Utah, États-Unis » Journal of Sedetary Research. 1er juillet 2005, volume 75, numéro 4: 547-561.

Owen, L., Finkel, R., Ma H., Barnard, P. « Evolution du paysage du Quaternaire supérieur dans les monts Kunlun et le bassin de Qaidam, nord du Tibet: cadre pour examiner les liens entre la glaciation, les changements de niveau de lac et la formation de fans alluviaux .  » Quaternaire International. 13 mars 2006, volumes 154-155: 73-86.

Weinberg (Gladys Davidson), Grace (Virginia R.), Edwards (G. Roger), Robinson (Henry S.), Throckmorton (Peter), Ralph (Elizabeth K.). The Antikythera Shipwreck reconsidered (Transactions of the American Philosophical Society, 1965

Proceedings of the Society of Antiquaries of Scotland, Volume 1

2 réflexions au sujet de « « 17 découvertes suggérant l’existence de civilisations préhistoriques évoluées », seconde partie »

  1. J’aime beaucoup le passage : « l’instrument était à un niveau avancé de technologique moderne ». La manipulation est assez subtile, parce que c’est finalement très peu différent de « l’instrument qui a été présenté à la réunion a été considéré comme moderne ».

    En s’attardant pas dessus, on peut même considérer que les deux phrases disent la même chose. Sauf que le premier cas sous entend « c’est un objet tellement moderne qu’il ne peut pas être expliqué par l’archéologie compte tenu de là où on l’a trouvé » alors que la seconde formulation dit exactement l’inverse « c’est de toute évidence un objet moderne perdu là récemment, et donc pas un artefact d’intérêt archéologique »

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