« 17 découvertes suggérant l’existence de civilisations préhistoriques évoluées », troisième partie

Allez, au suivant !

8/ Les billes alien:

 

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La plomberie, la maçonnerie, le forage, l’éclairage, maintenant des billes ! Faut croire qu’on savait se distraire il y a presque trois milliards d’années. Les sphères de Klerksdorp donc, du nom du musée de la ville voisine, en Afrique du sud. Ce sont de petites sphères minérales, parfois légèrement ovoïdes, parfois presque parfaitement sphériques, qu’on a trouvé dans des gisements de pyrophyllite exploités à proximité de la ville d’Ottosdal. Comme vous pouvez le voir sur la photo, elles sont parfois dotées de petites stries régulières et comme on devait s’y attendre, la grande confrérie des idiots s’est jetée sur ces pierres étranges pour en faire un oopart !

On a eu droit a énoooooormément de théories plus ou moins farfelues sur le sujet, et d’ailleurs ça m’étonne que Fabrice reste aussi sobre en ce qui le concerne. Certains ont prétendu que c’était un objet laissé là par les grands ancêtres (je devrais déposer la marque, franchement), par des aliens, que c’était des roulement à billes de vaisseaux spatiaux, voire même que la NASA était impliquée. Non, moi non plus je ne vois pas en quoi la NASA aurait quelque chose à foutre de l’industrie minière sud-africaine, mais ne commencez pas a réfléchir trop longtemps, sinon on perd le fil.

DONC. Fabrice nous dit que certains avancent une hypothèse de formation naturelle, d’autres qu’elles ont été créées à la Préhistoire. Sur ces deux théories, l’une a été formulée par un scientifique et l’autre par un imbécile qui fait ses propres recherches, je vous laisse deviner laquelle.

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Il explique ensuite que les sphères sont « vieilles d’environ 2,8 milliards d’années », que « on ne sait pas exactement comment elles se sont formées », et enfin qu’un certain Michael Cremo rapporte dans son propre bouquin via un autre auteur qu’elles « ne peuvent être rayées par l’acier ». Étant donné qu’il s’agit ici, en réalité, exactement de la même chose que la muraille moche texane ou la plomberie chinoise préhistorique, on va la faire courte.

Premièrement, Michael Cremo n’est pas un archéologue, comme le laisse deviner le titre de son torchon intitulé « Archéologie interdite : l’histoire cachée de la race humaine ».

Ce mec est un auteur américain, essentiellement connu pour avoir écrit sur le sujet de « l’archéologie interdite » pour y propager ses théories comme quoi les humains seraient venus sur Terre depuis des centaines de millions d’années et que le Complot® scientifique (ah, ça faisait longtemps) a fait supprimer l’intégralité des fossiles prouvant sa théorie, arrêtez de rigoler, c’est pas gentil de se moquer d’un vieux qui va bientôt clamser.

Donc, les fameux Men In Black de la science qui ont assez de pouvoir et de moyens pour trouver et faire disparaître dans le plus grand secret tous les fossiles en question, mais en revanche, ils n’ont pas les moyens de le faire taire, lui.

Bon, à part ça il est aussi membre de l’Association internationale pour la conscience de Krishna (non franchement, arrêtez de rire), est créationniste jusqu’aux rares cheveux que la calvitie lui a laissé, et l’intégralité de ses bouquins tournent autour de ce genre de sujet. Tout ça pour dire que non, c’est pas franchement le genre de type à prendre comme source quand on veut être pris au sérieux, comme pour la carte de la semaine dernière.

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La source citée par Fabrice est donc considérable comme nulle ; et ce qui me dérange, c’est qu’il affirme qu’on ne connaît pas l’origine de ces sphères et qu’elles ne peuvent être rayées par l’acier.

Comme d’habitude, c’est faux : ces sphères sont des artefacts tout ce qu’il y a de plus naturelles, constituées de pyrite et qui sont des concrétions qui se sont formées dans des sédiments volcaniques. Elles remontent, ça c’est vrai, à 2,8 milliards d’années : comme certains exemples cités plus haut, c’est toujours la même période où la Terre avait une activité géologique extrêmement violente, avant qu’elle ne se stabilise progressivement. L’activité volcanique récurrente menant parfois à ce genre de curiosités, des sédiments isolés de minéraux comme l’hématite, la wollastonite, la pyrite ou la goethite sont recouverts d’une épaisse couche de cendres ou/et de lave. Ces nodules sont soumis à une pression et une chaleur énorme, et ils s’y ajoutent de grosses quantités de silice, un élément qu’on trouve à profusion dans le magma volcanique. Les minéraux s’altèrent alors et forment ces concrétions particulières, parfois dotées de ces sillons qui ne sont que l’empreinte stratigraphiques des couches de sédiments dans lesquelles elles se sont formées.

Et enfin, c’est encore faux de prétendre que ces billes sont plus dures que l’acier : elles ont déjà été ouvertes, examinées et testées, et aucune ne dépasse les 5,0 sur l’échelle de Mohs (Heinrich 2008, 28-33). Pour vous donner une idée, le verre est à 5,5 et l’acier encore bien au-dessus, entre 6 et 8. Donc, là non plus les aliens n’y sont pour rien !

7/ Le pilier de fer inoxydable

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A Delhi, dans le nord de l’Inde, on trouve des températures infernales, seize millions d’Indiens, et surtout un énorme pilier de fer de sept mètres de haut, d’un diamètre variant entre 30 et 40 centimètres, pour un poids total de six tonnes.

Il a été édifié par le roi Chandragupta II au Ve siècle de notre ère, et comporte des inscriptions en sanskrit à la gloire dudit roi. Une variante locale des colonnes monumentales des empereurs romains donc, mais le plus intéressant c’est qu’il est constitué de fer presque entièrement pur, à 99,72% comme le rappelle Fabrice.

Et donc, comme c’est vieux et que donc, c’est forcément mystérieux puisque chacun sait qu’avant le vingtième siècle, on ne savait rien faire correctement, ça rentre dans la catégorie des ooparts ! Parce que le fer est trop pur, parce que c’est trop massif, et surtout parce que ce pilier a la particularité de ne pas s’éroder malgré le climat humide local, et gnagnagna-anciens-bâtisseurs-toussa.

Deux semi-mensonges ici, ou plutôt des sous-entendus lourdingues qu’on bricole en biaisant les faits : « c’est pur et ça rouille pas », et « c’est très vieux et ça pourrait être plus vieux encore ».

Primo, Fabrice dit :

« Il a été forgé il y a au moins « 400 ans avant que la plus grande fonderie connue du monde ait pu le produire », a écrit John Rowlett dans « Une étude des artisans des civilisations anciennes et médiévales montrant l’influence de leur savoir-faire sur nos méthodes actuelles de commerce ». », ce afin de justifier ce qu’il a dit plus haut : « Ce pilier de fer est âgé d’au moins 1 500 ans, mais pourrait être plus âgé ».

John Rowlett, c’est, enfin c’était, un étudiant américain qui a publié sa thèse en 1950, à l’université du Texas, portant sur l’étude de l’artisanat ancien. Sauf que comme vous pouvez le lire dans l’extrait en question :

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Il n’est pas du tout en train de prétendre que ce truc est plus vieux que ce qu’on pense, alors que c’est précisément ce que sous-entends Fabrice. D’où un premier mensonge : personne ne suggère où que ça soit que ce pilier pourrait remonter avant l’an 400 ap. J.-C.

Deuzio, Rowlett est bien gentil, mais sa thèse, elle a quand même 70 balais au compteur. Depuis, non seulement on a beaucoup progressé en archéométallurgie et sur l’étendue des méthodes de fonderie dans l’Antiquité, mais ce pilier de fer a été analysé scientifiquement au début des années 2000 et l’on s’est aperçu qu’il est constitué de pièces de fer forgé soudées, et que sa résistance est due à un ingénieux composé formant un film protecteur sur toute sa surface. C’est un mélange de fer, d’oxygène et d’hydrogène, qui réagit au contact du phosphore présent en hautes quantité dans le métal et qui le protège de la rouille.

Rien à voir donc avec un oopart, il ne s’agit que d’une preuve de la maîtrise de la métallurgie par les artisans indiens à la fin de l’Antiquité. Et histoire de remettre les choses dans leur contexte, rappelons à toutes fins utile que la métallurgie était bien connue de la civilisation de l’Indus et que l’on a découverts des objets en fer datés de -2600 avant J.-C. dans la région, donc plus de 3000 ans avant l’érection de cette colonne ! Suivant !

6/ L’épée viking qui n’est pas de notre galaxie

On reste dans le domaine de la métallurgie atlante trop-pas-possible-a-faire-avant-XIXe avec l’épée viking Ulf..  Ulfbeh.. bon, l’épée chiante à prononcer, et Fabrice relance le générateur à mensonges.

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OLALA, une épée trop perfectionnée, qui contient trois fois plus de carbone que les autres épées de son temps ! Trop perfectionnée, a l’époque les mecs vivaient tous dans des huttes et ils chassaient le dahu, c’est tout juste s’ils savaient faire de la poterie alors de la forge, non mais on rêve ! En plus un « forgeron du Wisconsin » a tenté de faire le même travail et il a dit que c’était difficile alors hein !

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Alors déjà non, les archéologues n’étaient ni stupéfaits ni sur le cul devant ce pseudo-miracle technologique à deux balles : AUCUN archéologue du monde ne dira sérieusement qu’ils ne comprennent pas parce que tout ce qui est technologiquement avancé a été inventé après la Révolution Industrielle c’est bien connu, non, c’est faux.

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Là Fabrice, tout ce que tu cherches à faire c’est jouer sur les mots pour induire dans la tête du lecteur que même des scientifiques étaient ébahis donc forcément, c’est quelque chose d’étrange, d’ancien et de mystérieux.

Ensuite, ce qu’on prend ici pour un oopart, ce n’est en réalité qu’un cas isolé de métallurgie, qui a un lien avec le point précédent. Je m’explique.

Les épées « Ulfberht », ça désigne un ensemble d’épées longues datant du haut Moyen-Âge, mises au jour sur plusieurs sites archéologiques de Scandinavie comme Gravråk ou Mannheim dans le nord de l’Allemagne, et qui portaient l’inscription « Ulfberht », ce qui désignait visiblement une origine commune, par le même artisan ou groupe d’artisans : ce que de nos jours on appellerait une marque commerciale, donc. On a même retrouvé bon nombre de contrefaçons, frappées du même nom mais dont la valeur était bien moindre.

Et pour cause : ces épées se distinguent par leur exceptionnelle qualité, l’acier employé étant très supérieur à celui couramment utilisé en Europe à cette période.  Pourquoi ? Parce que le métal qui sert à leur fabrication n’est pas local, mais importé d’Inde ! Comme je le disais plus haut, en Inde à cette période, on sait fabriquer depuis plusieurs siècles un acier exceptionnellement résistant, à la haute teneur en carbone.

 Cet acier était exporté massivement jusqu’au Moyen-Orient (où il a permis la fabrication du célèbre acier de Damas), puis de là, convoyé par Byzance et la Crimée par les principautés nordiques de la Rus’ de Kiev (la future Russie, oui), dont les habitants s’étaient fait une spécialité d’assurer le commerce des marchandises entre la Scandinavie et l’Orient, via les fleuves locaux.

Il se retrouve donc en Europe dans les mains des artisans d’Ulfberht, pour en faire des épées de valeur ! Rien d’un oopart encore une fois : Fabrice vient de découvrir la magie de l’import-export. SUIVANT.

5/ Le marteau antédiluvien

 

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En 1936, on trouve un marteau, encastré dans une formation rocheuse dans les environs de Londres, au Texas (oui, les colons européens n’avaient vraiment aucune imagination). On l’extrait et on confirme à grands renforts de bouches bées qu’il s’agit bien d’un marteau en fer et bois, mais presque entièrement pris dans une gangue de roche.

Évidemment, les créationnistes de tout poil se sont précipités dessus pour clamer ubi et orbi qu’il s’agissait d’un outil des antédiluviens (beeeeeen tiens). D’ailleurs, Fabrice cite un certain Carl Baugh, l’actuel possesseur de l’artefact, pour rapporter ses propos au sujet du manche en bois «qui est devenu du charbon » et « que le métal dont il était fait avait une composition étrange ». Ben tiens. Soulignons au passage que Carl Baugh est un avocat connu pour être ultra-créationniste, donc ici aussi, l’argument d’autorité va légèrement dans le mur vu que son avis a environ 100% de chances d’être biaisé, et que l’objet en question n’a jamais fait l’objet d’une analyse scientifique en règle, monsieur-Dieu-est-a-l’origine-tout l’ayant toujours refusé. Raison pour laquelle il n’y a que peu voire pas de bibliographie à ce sujet.

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Fabrice a l’honnêteté rare de préciser qu’une autre personne, Glen J. Kuban, programmeur de son état et surtout paléontologue amateur, a fait remarquer que la pierre « pouvait contenir des matières qui sont vieilles de plus de 100 millions d’années, mais que cela ne signifiait pas que la roche formée autour du marteau datait d’il y a si longtemps ». Ce en quoi il a parfaitement raison d’ailleurs.

Alors, c’est un oopart ou pas, ce truc ?

Eh bien pour affirmer que c’en est un, il faudrait expliquer d’abord deux ou trois petites choses : premièrement, si ce marteau était effectivement enchâssé dans ce caillou depuis 100 000 ans, alors comment ça se fait que son manche est encore là ? Passe encore pour la masse métallique, mais le bois ?! 100 millions d’années écoulées et cette pièce de bois ne se serait pas fossilisée ?!

Deuxièmement, comme c’est expliqué ici, l’âge de la roche environnante ne signifie pas du tout que le marteau a été pris dedans lors de sa formation :  « Les minéraux en solution peuvent durcir autour d’un objet intrusif ayant chuté dans une fissure ou tout simplement laissé sur le terrain si la roche source (dans ce cas, il s’agirait de l’Ordovicien) est chimiquement soluble » (Cole, 1985).

Et pour cause : les concrétions rocheuses, dans les grottes comme celle où ce marteau a été découverte, peuvent se former à une vitesse allant de quelques millimètres à plusieurs centimètres par an, comme les stalactites ! Sachant que la région de London est prospectée depuis le XVIIIe siècle, ça fait qu’il s’agit selon toute probabilité d’un marteau de mineur abandonné sur place après son bris, et pas d’un vieux reste de la boîte à outils de Noé ! Mais c’est sûr que comme les créationnistes refusent de laisser des scientifiques examiner l’artefact (on se demande pourquoi tiens), ça n’est pas prêt d’être attesté.

Sergio, diapo suivante, on approche de la fin !

 

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Bibliographie:

 

HEINRICH, PV (2008). Les mystérieuses «sphères» d’Ottosdal, Afrique du Sud. Rapports, 27, 28-33

Article de Psybertronist sur les sphères de Klerksdorp.

Balasubramaniam, On the corrosion resistance of the Delhi iron pillar, 2000

SHAFFER Jim, « The Indus Valley, Baluchistan and Helmand Traditions: Neolithic Through Bronze Age. » In Chronologies in Old World Archaeology. Chicago: University of Chicago Press; 1992

WINROTH Anders,  Au temps des Vikings, La Découverte, 2018

MUSSET Lucien. La Scandinavie, intermédiaire entre l’Occident et l’Orient au Xe siècle. In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 9ᵉ congrès, Dijon, 1978.

WILLIAMS Alan, Crucible steel in medieval swords, Londres, 2007

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