Bâtisseurs de l’Ancien Monde, épisode VII

Enchaînons ! Maintenant que nous avons passé ces élucubrations pseudo-mathématiques, on va revenir aux fondamentaux de la bêtise !

ÉPISODE VII

01:15:21  » libre à chacun de le vérifier ou de conclure en fonction de ce qu’il croit, car ce qu’on croit, influence ce qu’on voit« 

… ce qui reste assez croustillant, vous en conviendrez certainement, sachant que ça vient de personnes dont la seule et unique façon de bosser se résume justement à parvenir à des conclusions systématiquement AVANT d’en chercher les preuves. On pourrait croire que l’on assiste là à un aveu en direct, mais que nenni, mes bons amis: cette réflexion de bistrot ne sert qu’à sous-entendre, là encore, que la bien commode Science Officielle© invente tout ce qu’elle trouve pour parvenir à des conclusions préconçues, et faire avancer le Plan®, dont il ne faut pas parler. Ah, zut.

Bref: c’est l’heure de digresser gaiement, possiblement pour rentabiliser le prix du billet d’avion pour l’Égypte, mais toujours est-il que l’équipe de BAM se dirige alors vers le site d’Abou Ghourab.

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Jefe, vous pourriez vous fendre d’une présentation?

 

 

De ce pas. C’est tout simple: après la IVe dynastie, la mode architecturale continuant d’évoluer, les pharaons ont décidé de changer de style de tombes: c’est l’apparition progressive des temples solaires. Ces structures sont dédiées à Rê, le dieu du soleil, et sont censées assurer également le culte du pharaon après sa mort, pour s’assurer de son repos éternel. Le pharaon n’y est cependant pas enterré, ni personne d’ailleurs: il a sa pyramide (ou sa tombe, quelle qu’elle soit) en plus de ce temple.

On peut grosso modo rapprocher dans son but et son usage le temple solaire des « temples des millions d’années » que se feront construire les pharaons du Nouvel Empire, à ceci près que ce dernier devait assurer la divinisation du roi directement de son vivant, et pas attendre qu’il soit décédé (Grimal 1988).

Et donc, à Abou Ghourab, il y en a un, de temple solaire! Plus particulièrement celui du pharaon Niouserrê, avant-dernier souverain de la Ve dynastie, et situé à même pas dix kilomètres de Gizeh. Le site est assez bien conservé (enfin, bien conservé, tout est relatif évidemment), et entre autres, on y trouve ça:

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… ces cuves, taillées dans de l’albâtre, qui font partie des infrastructures du site. Et comme vous avez l’habitude, vous savez ce que ça donne quand ces crétins passent devant à peu près n’importe quel bidule en pierre taillée correspondant aux deux critères traditionnels que sont 1/ « c’est très très vieux » et 2/ « c’est très très lourd! » :

01:15:46 « Il est dit que ce sont des cuves employées lors de sacrifices pour recueillir le sang des victimes. On dirait plutôt des trous de remplissage que des trous d’évacuation, car ils sont placés en hauteur. Mais dans quel but ? Ces objets à l’aspect particulier laissent davantage entendre une fonction technique que religieuse, ou rituelle« 

Bon alors, ce sont les imbécillités habituelles, mais avant de débunker ça, vous voulez bien me dire quel rapport ça a avec votre propos?

Je veux dire, ce ne sont que… bah, des cuves, quoi! Elles sont très bien faites, mais il y a dans toute l’Égypte des centaines de milliers d’artefacts de la même période en pierre taillée, et énormément qui présentent des caractéristiques similaires! Vous comptez les faire tous? C’est quoi le sous-entendu là-dedans, que les Anciens Bâtisseurs ont aussi taillé des bols pour leur soupe avec leurs outils au turbo-plasma 3000 ?! Ou alors vous comptez ratisser tous les sites archéologiques de la région et répéter ce baratin devant toutes les statues antiques, ou les sarcophages en pierre des tombes du coin? Pourquoi ces cuves en particulier, qu’est-ce qu’elles ont de plus que les milliers d’objets en pierre taillée sur lesquels vous pouvez raconter les mêmes mensonges ?!

Allez savoir puisqu’ils ne l’expliquent pas. Comme je le disais donc, il y a matière à débunker. Et pour commencer, NON, on ne dit pas que ces trucs servaient au sacrifice! C’est une hypothèse parmi d’autres, qui a été avancée il y a longtemps et qui est largement dépassée aujourd’hui: suite aux diverses études du site qui ont suivi, il apparaît que le culte solaire rendu ici destinait plutôt ces vasques à contenir d’autres liquides fréquemment offerts en offrande à Rê, comme du lait ou du vin. La fonction reste religieuse, mais on n’égorgeait donc visiblement pas les bestiaux au-dessus de ces cuves.

Et ensuite, vous n’apportez rien au débat en décrétant que les trous y servaient à remplir vu que personne n’a dit que ça ne servait qu’à l’évacuation, et de plus, qu’est-ce qui vous fait dire que ce truc avait une fonction technique?! Ça s’appuie sur quoi, cette idée?

Rien, comme d’hab! Il n’y a rien qui laisse penser que ça avait une « fonction technique », et d’ailleurs au passage, vous auriez l’amabilité de définir une fois pour toutes ce que ça veut dire concrètement, une « fonction technique », dans ce contexte? Ici comme pour beaucoup d’autres, ces neuneus se pointent, remarquent un artéfact aléatoire qui coche les cases de leur cahier des charges et se contentent ensuite de décréter que quelle que soit l’hypothèse « officielle » pour cet objet, elle est de facto obsolète et nous en sortent une de nulle part! Forcément plus légitime puisque Pouillard et Cie sont dans la dissidence.

Et comme d’habitude, n’espérez pas qu’ils justifient leurs propos: ils sont déjà partis un peu plus au sud, ayant soudain décidé de mentionner le disque de Sabou! Vous vous rappelez de ce que ce gros veau lobotomisé de Moment Curieux avait pu dire à ce sujet? Eh ben, BAM nous en offre un extrait condensé en deux phrases:

« …ce disque de schiste vert, d’environ 60 cm de diamètre, a été découvert en 1937 dans la tombe d’un prince ayant vécu il y a plus de 5000 ans. C’est dire la valeur qu’il avait à ses yeux pour décider de se faire inhumer avec; mais 80 ans après sa découverte, on ne  sait toujours pas à quoi il pouvait bien servir« 

Un mensonge, comme d’hab’: on a beaucoup d’hypothèses concrètes sur l’utilité de ce vase; qui est loin d’être aussi mystérieux qu’ils essaient de le prétendre. Inutile de paraphraser mon ancien article: je vous renvoie à l’épisode en question du débunkage de Moment Curieux, où j’y explique le pourquoi du comment.

« …alors il a été rangé dans la case fourre-tout des objets religieux ou décoratifs, où on place souvent tout ce qu’on ne comprend pas« 

Au-delà de ça, là aussi c’est ce qu’on appelle l’hôpital qui se fout de la charité, vu que tout ce que cette joyeuse bande de mous du bulbe ne comprends pas est automatiquement rangé dans la case « objets atlantes/extraterrestres/ Anciensbâtisseurs » ! Fais ce que je dis, pas ce que je fais.

« ...pourtant, avec la précision de sa forme, on a l’impression qu’il est davantage que ça. Son noyau central semble également le destiner à tourner« 

Mais c’est complètement con! Ce n’est pas parce qu’il y a un trou au milieu que ça tourne! Qu’est-ce que c’est que ce raisonnement de bistrot, c’est ça votre « analyse » ?!

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Un trou et « la précision de sa forme » ?! Précision de quoi d’ailleurs, vous n’avez toujours pas d’échelle quelconque qui permette de dire à partir de quand un artefact est jugé trop précis pour être d’origine terrienne? Et je n’en ai pas parlé, mais avec le disque de Sabou, on a toujours le même problème qu’avec les cuves d’Abou Ghourab: quel foutu rapport ça a avec leur théorie ?! Ces imbéciles auraient juste tapé « objets bizarre égypte antique » dans Google que le résultat serait exactement le même!

Et c’est parti pour le mécanisme d’Anticythère! Oui oui, celui dont j’avais parlé l’été dernier dans cet article. Que voulez-vous, ils ont beau essayer, les pyramidiots ne sont vraiment PAS originaux.

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Comme au sujet du disque de Sabou, ils entament donc une description de l’objet. Là encore, je vous épargne un exposé détaillé : j’ai déjà présenté en détail cette machine dans cet article l’année dernière. Il s’agit donc d’un petit prodige d’horlogerie et de mécanique de précision ; une machine du Ier siècle avant J.-C. servant à connaître le mouvement des planètes, des étoiles et ainsi le jour de l’année, que des pêcheurs grecs ont découvert dans une épave du même métal au nord-ouest de la Crête au début du XXe siècle ; et que l’on a reconstitué de nos jours, notamment grâce à l’aide d’une entreprise d’horlogerie nommée HUBLOT. Sergio, pressons de boucler le paragraphe, j’entends déjà les « MAIS KOM C’EST ÉTRANJ STRO PRÉSSIS POUR L’ÉPOQUE » qui s’approchent à mach 2 en rase-mottes !

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01:19:15 « …il pose plusieurs problèmes: pour le concevoir, il fallait nécessairement savoir que la Terre était une sphère, et que les astres tournaient autour du Soleil« 

Et en quoi est-ce un problème ? Si on ne retient que la Renaissance européenne comme l’époque où la Terre a été admise comme sphérique, ça fait belle lurette en revanche que l’on sait que l’idée d’une Terre sphérique ne date pas des derniers siècles ! Les grands noms des sciences antiques grecques avaient déjà cette idée en tête depuis le VIe siècle avant J.-C., notamment Pythagore, mais d’autres, comme Ératosthène ou Parménide, avaient déjà fait plus ou moins le rapprochement avant et après lui, suite à leurs travaux. Avec parfois quelques variations : certains ont suggéré l’idée d’une Terre cylindrique, ou tout au moins en forme de disque. Et ce, en sachant que l’on soupçonne très fort les Grecs d’avoir pris la suite des travaux des savants Mésopotamiens et Égyptiens, dont les grands travaux d’arpentage et d’architecture ont mené très tôt au développement de la géométrie, parfois plusieurs millénaires avant !

Bref, comme l’explique un certain Yanis Bitsakis, ça n’avait rien d’un exploit pour qui de droit, citant lui-même Euclide.

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Du coup, où est-ce que ça pose problème, à part pour le script de votre film qui a désespérément besoin qu’on le formule comme ça pour tenir le spectateur en haleine ?!

« …concernant le niveau mathématique requis, il est stupéfiant : car le mécanisme d’Anticythère met en jeu des mouvements différentiels complexes« 

C’est toujours la même assertion débile selon laquelle les peuples de l’Antiquité devaient être ultra primitifs, sinon tout leur discours ne sert à rien.

Laissons donc Sylvie enchaîner sur une explication banale de la reproduction du mouvement elliptique des planètes : la machine d’Anticythère est effectivement une petite merveille d’ingéniosité, certes, mais redescendons sur Terre (mdr) deux minutes : pourquoi la citer dans le cadre de leur théorie sur les Anciens Bâtisseurs® ? Qu’est-ce qu’il faut comprendre ici ? Quel intérêt ça a de nous montrer cet artefact comme on agiterait un porte-clés brillant sous le nez d’un gamin turbulent pour le distraire avant de lui mettre un suppositoire ?!

Parce que vu la taille de l’engin, ils ne peuvent décemment pas (encore que, je ne m’en serais même pas étonné) invoquer, cette fois, la carte du « c’est trop lourd et trop gros donc c’est pas possible ». Alors, quoi ? C’est « trop précis », c’est ça ? On est pourtant très loin de pouvoir parler de nanotechnologie, qui pour le coup est un véritable exploit de fabrication! Du coup, vous devez avoir quelque chose d’imparable qui vous permet d’affirmer qu’aucune civilisation antique ne pouvait fabriquer d’aussi petites pièces de mécaniques et les assembler ? Pourquoi je demande… évidemment que non, comme d’habitude, ils ne font que souligner un truc qui leur paraît étrange pour une raison totalement inconnue et passer à la suite.

« …des engrenages à l’intérieur qui sont d’une technicité, d’une ingéniosité qui est juste extraordinaire! La partie  « recherche et développement », c’est-à-dire la conception de l’objet, elle dépend des connaissances que l’on a au départ »

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Comme le dit Mr Buttet, cet engin est une merveille de mécanique. En soi, rien qui ne soit faux ni mensonger là-dedans, sauf que c’est le genre de déclarations que choisissent systématiquement les neuneus derrière BAM pour conforter encore un peu plus leur effet de mystère ; effet qui ne tient qu’à un et un seul truc :

Il faut toujours, pour que ça colle avec le message de leur film, partir du principe que les peuples de l’Antiquité étaient à peine assez intelligents pour savoir faire du feu.

C’est ainsi : dès que l’on prend conscience que ceux qui nous ont précédés n’étaient pas spécialement attardés alors qu’ils n’avaient pourtant pas à leur disposition des smartphones équipés de sonneries qui font « prout », cet effet ne tient plus du tout.

« …ce qui n’oseront peut-être pas dire face à ma caméra de peur de déranger certains archéologues, c’est que le savoir mathématique nécessaires pour réaliser un tel mécanisme est très au-delà de ce qu’on attribue généralement aux grecs anciens, car dans le cas contraire il leur aurait fallu des milliers de prototypes pour parvenir à un résultat aussi précis. Mais comment passer à une réalisation mécanique, c’est ça qui fait mystère encore de nos jours« 

Beeeeeen tiens, le coup du Complot, ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas entendu ! Et quel meilleur moyen de se la jouer Anonymous de supermarché qu’en faisant dire à ses intervenants ce qu’ils n’ont précisément pas dit ?!

C’est sûr qu’en prêtant à n’importe qui des propos qu’on avait déjà écrit à l’avance, on justifie ce qu’on veut, putain de menteurs !!

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« s’il fallait une preuve que les outils ou machines ne survivent pas au temps, l’Anticythère donne à réfléchir: c’était il y a seulement deux mille ans. L’Égypte, c’est trois mille ans plus tôt […] comment un épisode majeur de l’ingénierie humaine a-t-il disparu de notre histoire, car on n’a pas seulement perdu l’objet, mais l’idée même qu’il ait un jour existé. »

Énième sophisme ! Là aussi, c’est une déclaration complètement orientée pour sous-entendre hypocritement que les savoirs de l’Antiquité disparaissent plus ou moins tous, alors qu’on en connaît quand même beaucoup; entre autres la quantité d’écrits d’astronomie, de physique, de géographie laissés par les Grecs; les calculs mathématiques aboutissant à la circonférence terrestre, ou la technique des égyptiens pour trouver le nord, par exemple.

Comprenons-nous bien : un savoir-faire, ça n’est PAS définitivement acquis ! Une technique, ça se perd ! Énormément de choses disparaissent au cours du temps; ça ne justifie toujours pas l’existence de leur civilisation imaginaire d’anciens bâtisseurs.

Si pour une raison ou une autre, un savoir donné est mal conservé ou mis en danger et/ou qu’il n’y a personne pour le préserver et le transmettre, eh bien oui, ça disparaît ! Et les exemples de manquent pas. Le plus évident que je puisse vous citer, c’est la technique du célèbre acier de Damas ; un acier d’une qualité exceptionnelle, riche en carbone, à la fois léger, coupant comme un rasoir, d’une solidité à toute épreuve et d’une apparence visuelle particulière.

Le savoir-faire permettant la fabrication de cet acier s’est perdu au cours du moyen-âge et n’a été redécouvert que bien plus tard !

Et encore aujourd’hui, l’acier damassé que nous pouvons fabriqué n’est qu’une reproduction de la technique utilisée alors par les forgerons orientaux.

01:24:49 « …le plus étonnant est que cette découverte semble être passée  presqu’inaperçue dans les rangs de l’archéologie; si vous demandez à un archéologue classique quel était le  rapport des Anciens à la technologie, au mieux, bon… il parlera peut-être de l’architecture évidemment, mais ça c’est qu’on ne peut pas passer à côté l’Acropole, c’est clair; les Anciens c’est surtout la théorie, la pratique c’était pour les esclaves, c’est le genre de discours classique, mais ça dure depuis les Romains ce discours, la machine d’Anticythère remet en question ce discours, et oblige à relire déjà, mais à réécrire aussi pas mal de choses« 

Et sinon, vous avez aussi la version sans le filtre d’accusation hypocrite de BAM : premièrement cette découverte n’est pas du tout passée inaperçue (ici par exemple, vous avez le compte-rendu d’une conférence d’archéologie donnée dans les années cinquante au sujet de cette machine), surtout ce n’est que très récemment que le développement de technologie d’étude non invasives a pu permettre d’aller plus loin dans l’étude de l’objet.

Et deuxièmement, si l’archéologie se concentre beaucoup sur les vestiges architecturaux, c’est que ce sont ceux qui se conservent le mieux, andouille ! C’est complètement faux de dire que la technologie antique (ah, le bon gros terme fourre-tout dans lequel vous pouvez caser tout et n’importe quoi au passage) est méprisée par l’archéologie !  Ca par exemple, c’est un rapide résumé des machines de constructions antique que nous connaissons grâce aux écrits de Vitruve; il y a aussi la célèbre vis d’Archimède, une innovation antique qu’on a pas découvert la semaine dernière ! Ou encore l’odomètre ou la dioptra, qui sont des instruments de mesures permettant de relever les distances et les angles !

On pourrait continuer comme ça longtemps, mais encore faudrait-il que ces messieurs-dames se donnent la peine de donner une définition plus précise de « la technologie antique », ce pourquoi je suppose qu’on peut se gratter, comme d’habitude? Bref, c’est un mensonge, mais avec BAM, prenez n’importe quel bâtiment ou artefact plus ou moins anciens et collez derrière un gros « mais ça personne n’en parle !! » (n’oubliez pas de roter à la fin, pour faire plus vrai), ça suffira à créer un OOPART vite et bien.

« juste avant de repartir d’Athènes, à deux pas de l’Acropole, je n’ai même pas été  surprise de voir de tels murs: le hasard est décidément tenace »

Mais quelle mauvaise foi, c’est hallucinant.

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 Sylvie s’obstine à persifler à coups de sous-entendus hypocrites (« olala le hasard mdr »), pour sous-entendre que… que quoi au fait, que vos anciens bâtisseurs à la noix sont AUSSI passés en Grèce et qu’ils ont décidés de bâtir un mur comme ça, pour se dégourdir les biceps ?

C’est complètement con ! As-tu seulement une idée de ce que va donner ton équateur penché si on se met à y coller tous les exemples de murs construits avec de gros blocs comme ceux-là ? Ou plus généralement, tous ceux qui suivent votre raisonnement de merde ?

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Allez Sergio, on s’y colle juste pour le plaisir.

 

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– Si, jefe ! Alors, ça c’est dans la forêt de Fontainebleau !

 

 

 

 

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… et ça, c’est un autre mur cyclopéen situé à San Felice Circeo en Italie, donc totalement d’origine alien puisqu’au-delà de douze kilos, il est formellement prouvé qu’un homme ne peut déplacer aucune charge :

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Pareil à Mycènes en Grèce :

 

Ou sur la muraille de Chine !

 

 

 

 

 

 

Merci Sergio, ça suffira. D’ailleurs, il n’est même pas besoin d’aller aussi loin que ça, chez nous aussi il y en a !

Les Anciens Bâtisseurs® sont venus se bâtir une maison de vacances dans l’Aveyron ??

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Et après, ils filaient en Espagne, comme ici à Tarragona en Catalogne ?!

Plus généralement, la construction dans ce style, avec de gros blocs et des jointures grossières, c’est connu et étudié depuis des lustres et dans le monde romain, ça porte même un nom : l’opus siliceum!

01:25:41 « …il existe un site archéologique qui vient totalement bouleverser la chronologie des peuplements. Sa découverte est une  grenade qu’on a tout juste dégoupillée. »

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Ouuuuuais. Si tu veux. On va redescendre sur terre deux minutes : le site de Gobekli Tepe est un des plus importants en matière de fouilles sur le néolithique proche-oriental avec d’autres comme Çatal Höyük, c’est vrai, sauf qu’il est identifié comme site archéologique depuis 1963 et ça fait maintenant vingt-cinq ans qu’il est fouillé chaque année par des organismes archéologiques allemands et qu’on publie des tas de trucs à son sujet, donc en terme de « grenade tout juste dégoupillée », pardon mais on est plus proche du claque-doigt que de la bombe H.

Un petit topo rapide.

Göbekli Tepe, c’est un site archéologique situé pratiquement sur la frontière syrienne, qui se présente comme ça :

Et qui s’apparente à des fonctions essentiellement spirituelles, dans le style de Stonehenge. Il est constitué d’une colline artificielle sur laquelle ont été édifiées six enceintes successives de monolithes, certains portants des bas-reliefs à motifs animaux; et datés entre -14 000 et -8000 avant J.-C. ; c’est-à-dire entre le Mésolithique et le Néolithique proche-oriental.

On n’a pas découvert –en tout cas, pas pour le moment-, de couches d’occupation sur le site de Gobekli Tepe ; mais plusieurs dépôts lithiques ont été mis au jour à proximité des monolithes. L’intérêt de ce site, c’est essentiellement que sa découverte et sa datation permettent d’approfondir ce que nous savons sur la transition entre la préhistoire et les prémices des premières civilisations du proche-orient ; plus concrètement sur la période où les groupes humains se sédentarisent.

S’ensuivent quelques explications lacunaires sur le site de Gobekli Tepe : « c’est le temple le plus ancien à l’heure actuelle », et « c’est Klaus Schmidt, l’archéologue allemand, qui est venu sur le site et qui a commencé des fouilles en 1995 jusqueheuen 2014 » ; explications prononcées par le faire-valoir suivant sur leur liste d’intervenants bidons, j’ai nommé l’inévitable Bleuette Diot !

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Un autre grand nom de la galaxie pseudo-archéologique francophone, patronyme qui n’est qu’un nom de plume complètement pété lui servant à signer régulièrement de mauvais bouquins de pseudo-archéologie qui vous seraient plus utiles pour caler un meuble que pour vous instruire. Évidemment, tout ce qu’internet compte d’imbéciles crédules, c’est-à-dire beaucoup trop, boit ses paroles comme moi du café par hectolitres, et l’érige en tant qu’une des plus éminentes spécialistes de tout ce qui concerne la « recherche alternative », c’est à dire raconter des conneries sur Facebook.

Sa marotte à elle, c’est tout ce qui tourne autour de Gobekli Tepe, Mohenjo Daro, ou d’autres sites archéologiques dans ce style (ce sont toujours les mêmes rassurez-vous, ils ont leur petite zone de confort qui ne varie jamais).  Autant Quentin Leplat est spécialisé dans l’arithmétique de l’improbable, autant elle, son truc, c’est de donner des conférences sur tout et n’importe quoi (entre autres, c’est une fervente partisane de la « guerre nucléaire » de Mohenjo Daro), sachant qu’elle se présente (et qu’on la présente) comme une « écrivaine et historienne« .

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Ah, ah, est-ce qu’on serait enfin tombé sur quelqu’un qui est réellement qualifié autant qu’il le prétend? Bwahaha, bien sûr que non, ou alors moi je suis neurochirurgien. Bleuette Diot n’est absolument pas historienne, ni archéologue, ni scientifique de quelque manière que ce soit, raison pour laquelle elle évite soigneusement de montrer ses diplômes à chaque fois qu’on les lui demande.

D’ailleurs, elle a tendance à faire varier au cours du temps la liste de ses qualifications, parlant tantôt de doctorat, puis de licence en histoire de l’art, puis d’études diverses en archéologie; en tout cas elle se produit régulièrement sur BTLV, l’émission de web-télévision des pyramidiots, et ne rate jamais une occasion de réciter la liste de ses propres bouquins et des soutiens réels ou imaginaires qu’elle dit avoir reçu, ce qui est généralement mauvais signe parce qu’en matière de recherche scientifique, moins t’en as, plus t’en fais des caisses. Allez voir le C.V. de Jacques Grimault ou Dominique Jongbloed, vous allez comprendre de quoi je parle.

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Comme pour Antoine Gigal, Quentin Leplat ou cette vieille carne de Grimault, elle mériterait un article à elle toute seule tellement sa tête à claques mériterait d’être mise à prix pour la désinformation dont elle se rend coupable à chaque fois qu’elle l’ouvre, et ça sera fait en temps et en heure.

Dans le cas qui nous intéresse, ce bref portrait que je vous dresse ne sert qu’à rappeler que comme la quasi-totalité des intervenants de BAM avant elle, Bleuette Diot n’a pas du tout les qualifications qu’on lui prête, et qu’on en fait un argument d’autorité alors qu’elle raconte n’importe quoi.

Et maintenant Sergio, creusons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

01:26:50 « l’humanité à cette époque-là ne savait même pas faire un vase en poterie, il était vraiment très très archaïque c’était les derniers chasseurs-cueilleurs, on n’était même pas dans le cadre de la sédentarité, et ils sont arrivés à élever des… des piliers qui faisait 16 tonnes. Ça demande déjà une coordination au niveau de tous les ouvriers, ça demande un maître d’œuvre, ça demande des ouvriers spécialisés… »

… et ça demande surtout un aplomb phénoménal pour dire des trucs aussi idiots face à une caméra sans être mort de honte !

A commencer par cette assertion sur la poterie, qui est vous vous en doutez, complètement fausse parce que, premièrement on a des traces de poteries qui sont beaucoup plus vieilles que le site de Gobekli Tepe en Chine ;

 

Fragment de terre cuite du XIIIe millénaire avant J.-C., grotte de Xianrendong en Chine.

 

Et deuxièmement parce que cette espèce de chaîne de progression n’a aucun sens ! Je veux dire, qu’est-ce que la poterie vient foutre là-dedans ? A les entendre, il fallait a-bso-lu-ment suivre une chaîne d’étapes bien précises, à savoir se sédentariser, PUIS inventer la poterie, PUIS l’agriculture, PUIS l’artisanat, et gnagnagna, et enfin pouvoir construire des temples primitifs !

Sauf que l’intégralité des fouilles archéologiques sur l’ensemble de la période néolithique depuis AU MOINS SOIXANTE ANS n’a jamais fait que montrer que c’est exactement l’inverse qui se passe : si des éléments épars comme la domestication des espèces animales, la formation de structures sociales hiérarchiques, les débuts de l’urbanisme ou les modes d’inhumations  apparaissent indépendamment un peu partout sur le globe au fil des millénaires,  elles ne suivent JAMAIS un schéma prédéfini !

Parfois les différentes sociétés restent plus ou moins nomades comme dans les steppes eurasiennes ; parfois elles n’adoptent pas tel ou tel artisanat, comme la métallurgie en Amérique précolombienne qui est réduite à un strict minimum borné à la fabrication de bijoux, parfois certains de ces traits disparaissent et se recomposent (au cours de son Néolithique et de l’âge du Bronze, l’Europe suit plusieurs mouvements de hiérarchisation de ses sociétés et de décompositions). Plus clairement, l’histoire du développement des premières civilisations ne suit pas du tout un schéma aussi étroit et mal branlé, ça n’a jamais fonctionné de manière aussi manichéenne !

Mais je vais approfondir la question un peu plus tard, parce que malheureusement pour ma tension artérielle, ils appuient bien lourdement sur ce mensonge-là dans la séquence.

01:27:18 « …or il faut bien se souvenir que, en -12 000, on a des chasseurs -cueilleurs nomades, qui n’ont aucune spécialité, et qui n’ont même pas le même langage entre eux pour pouvoir communiquer car, selon l’histoire on est  avant la civilisation« 

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Encore un mensonge ! En -12 000, on considère qu’on est avant l’Histoire parce que l’écriture n’est pas encore apparue pour la consigner. Ça ne signifie absolument pas que toute forme de civilisation n’existe pas avant, au contraire ! De plus, c’est à cette période que les populations du Néolithique naissant commencent à se sédentariser (mais on y reviendra dans quelques minutes, restez à l’antenne), donc le nomadisme n’est plus non plus la règle universelle ; et quand à la question de la langue, vous n’en savez absolument rien !! Et pour une raison simple, c’est que la langue n’a laissé aucune trace matérielle pour des raisons évidentes ! En tout cas pas avant l’apparition des premières formes d’écritures ; tout au plus pouvons-nous à l’heure actuelle faire des suppositions sur les groupes de langues en vogue, sémitiques ou indo-sémitiques dans cette région du monde.

Tout ça pour dire que si on ne peut affirmer quoi que ce soit de certain à ce sujet, c’est encore moins le cas pour vous vu que vous n’en savez rien !

01:27:27 « …ce qui est étonnant, c’est de le raffinement de toutes ces gravures, de toutes ces rond de bosses qu’on a pu trouver un petit peu partout, un raffinement que on n’aurait jamais imaginé aux  périodes du néolithique »

Ah ça c’est sûr, on ne l’aurait jamais imaginé… jusqu’à ce qu’on découvre le Néolithique, justement !

Ça fait au contraire un bon paquet de temps que l’art néolithique a fait l’objet d’un grand nombre de fouilles et de mise en valeur, et ce des dizaines d’années avant qu’on déterre la première pierre de Gobekli Tepe ! Allez, un petit florilège pour le plaisir de souligner une énième fois le mensonge de ces abrutis !

Voici un vase néolithique trichrome en terre cuite, daté du VIe millénaire avant J.-C. !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et voilà une peinture rupestre du Ve millénaire avant J.-C., provenant de Tassili n’Ajjer !

 

Et elle enfonce le clou en prétendant que « y devait y avoir des sacrifices, des rituels archaïques ! », alors qu’elle n’en sait strictement rien et qu’aucun élément se rapportant à des pratiques de ce genre n’a été retrouvé à Gobekli Tepe.

Une assertion de plus sur la liste, on enchaîne.

 

01:27:46 « voilà des mois que j’essayais d’interviewer l’un des meilleurs  chercheurs au monde sur le sujet, l’auteur de « l’Empreinte des Dieux », un best-seller mondial soigneusement documenté et sourcé, et qui a ouvert la voie à beaucoup de monde« 

 

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Et ainsi entre en scène un nouvel intervenant, introduit en fanfare par une Sylvie à la limite de la syncope (« l’un des meilleurs  chercheurs au monde! un best-seller mondial soigneusement documenté et sourcé!! »), j’ai nommé Graham Hancock.

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Graham Hancock, ce n’est pas seulement un front aussi démesuré que l’argument d’autorité sur pattes qu’il constitue, c’est aussi un exemple d’obstination: à bientôt 70 balais, ce type a passé l’essentiel de sa vie à écrire, d’abord des articles pour le Times, l’Independant, le Guardian et ainsi de suite tout du long des années 70-80; avant de péter les plombs et de se mettre à la pseudo-archéologie comme le dernier des Christopher Dunn venus.

Étant donné qu’il y a toujours un marché pour les andouilles, ses bouquins se sont vendus comme des petits pains (on évoque le chiffre de cinq millions d’exemplaires vendus, ah quand même hein), et son Fingerprints of the Gods reste sa plus belle réussite, si on peut appeler ça comme ça.

Là encore, le principe de l’auteur de pseudoarchéologie se vérifie: les imbécilités qu’il raconte sont inversement proportionnelles à ses connaissances scientifiques concrètes sur le sujet. Il n’a absolument aucune qualification en sciences historiques, qu’il s’agisse d’archéologie, d’anthropologie, d’histoire, de géologie, de pétrographie, vraiment rien, nada, que dalle. L’écossais étant par nature têtu, ça ne l’a pas empêché de développer dans ses bouquins sa théorie selon laquelle toutes les civilisations anciennes seraient reliées d’une manière ou d’une autre, (au hasard, par des éléments comme les pyramides, mais au hasaaaaard hein) et descendraient d’une sorte de super-civilisation d’anciens bâtisseurs.

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Oui, c’est grosso modo le scénario d’Assassin’s Creed avant l’heure; d’ailleurs Roland Emmerich a avoué s’être inspiré de son bouquin pour réaliser 2012.

Évidemment, c’est en toute objectivité journalistique que Pouillard et sa brochette d’ahuris sont allés tambouriner à sa porte pour le faire apparaître dans son film, vu que c’est une sommité du milieu. Notons qu’ils n’étaient pas les premiers, vu que ce mec sert de référence internationale pour tous les pyramidiots, et ce même si ses théories sont stupides à s’en jeter par la fenêtre, que ses méthodes de travail se passent du concept même d’approche scientifique et qu’il prend tous les mythes et mythologies diverses au pied de la lettre.

 

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– Mais, personne ne lui a fait remarquer ça en trente ans de carrière?

 

 

Oh que si. Mais comme tout bon pyramidiot qui se respecte, la seule et unique ligne de défense de Graham Hancock, s’est de se victimiser à fond la caisse en se prétendant être un auteur incompris baigné d’anticonformisme, et que ses théories dérangent, et donc que ça prouve qu’elles sont vraies, et gné gné gnééééé, vous connaissez la musique.

Encore que, il admet volontiers qu’il ne sait même pas ce que veut dire stratigraphie, mais ça ne l’a jamais empêché de vendre ses bouquins, comme quoi, mea culpa mais pas trop quand même si je veux changer de bagnole cette année.

Donc, là aussi, il y aurait beaucoup à dire sur le bonhomme et peu de place pour le faire. Revenons à BAM: il va donc nous expliquer ce qui cloche avec le site de Gobekli Tepe!

« Où ont-ils appris les compétences pour faire ceci ? On ne les voit pas s’exercer», « se sont-ils réveillés un matin avec l’inspiration »

Difficile de déterminer ici s’ils font exprès d’être stupides pour être cohérent avec le reste de cette bouse ou s’ils disent ça au 1er degré, ce qui me fait froid dans le dos rien qu’à l’envisager, mais enfin toujours est-il que ça reste là encore complètement absurde :

Je vais aborder le fond du problème dans un instant, mais avant ça, d’où est-ce que tu sors que quelqu’un leur a appris ces compétences ?! Aucune preuve de cette idée, là encore ! Et c’est complètement absurde de se plaindre qu’on ne les voit pas s’exercer, l’absence de preuves n’est PAS une preuve en soi ! Et ce que t’appelle « se réveiller un matin », c’est une période de bouleversement des modes de vies et d’occupation du sol qui s’étale sur des millénaires entiers et ne concerne jamais de la même façon tous les groupes humains répandus sur la Terre à ce moment-là ! Mais en résumant tout ça à un cliché aussi grossier et basé sur du vent, on peut supposer tout ce qu’on veut !

« Il devait y avoir des sacrifices, il y avait très certainement des rituels  archaïques, à cette époque mais je pense aussi que c’est un observatoire astronomique », éructe Bleuette Diot.

Et qu’est-ce qui te fait dire que ce truc servait d’observatoire astronomique ? Toujours aucune argumentation, comme d’hab ! Pardon mais balancer son avis comme ça entre la poire et le fromage sans faire l’effort d’expliquer ce qui te fait penser ça, ça ne vaut strictement rien ! Donc, à la poubelle comme le reste.

D’ailleurs, soulignons que ce mec a vraiment un problème avec les «observatoires astronomiques », parce que ça fait trente ans qu’il raconte exactement les mêmes salades à propos du plateau de Gizeh et du Sphinx, dont il raconte à qui veut l’entendre qu’il servait d’aiguille astronomique !

01:28:50 « ce temple pose aussi le problème de l’agriculture, représentée sur un des piliers […] on voit en haut des paniers et derrière on voit qu’il y a des liasses de blé, des choses comme ça, […]  il est certain que le temple était là avant l’agriculture  et on a pourtant déjà ces premiers paniers, cette première approche de l’agriculture et donc ça c’est vraiment quelque chose, qui on va direuh de façon chronologique ça va, ça va pas ensemble dans la chronologie habituelle, les peuples nomades se fixent à un endroit en devenant  agriculteurs et éleveurs puissent se spécialiser, sont ensuite capables de réaliser des temples. Or là, c’est tout l’inverse qui se serait produit: il y a eu quelque chose quelque chose qui a  impulsé la sédentarité, qui a impulsé l’intelligence à l’homme »

AAAAAAAAAAAAAAAH, MAIS ON BAT TOUS LES RECORDS DE CONNERIES A LA MINUTE!!!

« L’agriculture apparaît soudainement au même moment où Gobekli Tepe apparaît »

Non, c’est FAUX ! Et ça l’est d’autant plus que les découvertes archéologiques de ces trente dernières années ont permis justement de renouveler complètement cette idée, qui était déjà plus que grossière il y a cinquante ans !

D’abord, cette période dont on parle ici, c’est l’archéologue anglais Gordon Childe qui l’a théorisée dans les années 40, en parlant de « révolution néolithique ». C’est-à-dire une période charnière au cours de laquelle l’Homme a acquis la domestication des plantes, des animaux, s’est sédentarisé et dont le changement de mode de vie a provoqué une énorme explosion démographique, faisant passer (ce sont des estimations) l’espèce humaines de quelques centaines de milliers d’individus sur l’ensemble de la planète à des millions.

Ce que les résultats des fouilles de sites mésolithiques et néolithiques ont permis de souligner, c’est que cette « révolution » s’étale sur des périodes extrêmement longue et ne concerne pas tout le monde, ni de la même façon et ni de manière uniforme. Mais partout, le dénominateur commun semble avoir été le réchauffement de la planète : à la sortie de la dernière ère glaciaire, les paysages se transforment en profondeur, la toundra européenne se verdit considérablement, la mégafaune préhistorique s’éteint et les espèces végétales et animales se diversifient.

L’environnement étant alors beauuuuucoup plus hospitalier, c’est à partir de là que l’on constate que certaines sociétés prennent le chemin de la sédentarisation. Sauf que contrairement à ce que disent ces idiots, il ne s’agit pas d’hommes des cavernes grossiers qui décident de poser leurs valises en peaux de bêtes et de devenir agriculteurs du jour au lendemain !

Sur des sites de la culture du Natoufien par exemple, qui se situe entre le XVe et le XIIe millénaire avant notre ère, la fouille de sites comme ceux de Hayonim, El-Wad ou Eynan (actuellement situés dans le nord de l’Israël), a révélé des populations allant de quelques dizaines plusieurs milliers d’individus, qui ne pratiquement PAS l’agriculture ! Et pourtant, les populations y ont construit des habitations durables en pierre et on y a trouvé plusieurs sépultures, signes d’une occupation prolongée des lieux (Meignen 1997).

Plus récemment, les recherches de l’archéologue américain R.Binford ont dans les années 80 permis de proposer de nouveaux modèles de peuplement, qui nuancent beaucoup la division entre chasseurs-cueuilleurs préhistoriques et agriculteurs néolithiques : on constate qu’il existait des populations qui étaient nomades mais aussi semi-nomades ; certaines acquérant les ressources de leur subsistance au fur et à mesure de leur pérégrination, comme les chasseurs-cueuilleurs, mais d’autres s’organisent en lieux d’habitations construits pour durer un certain temps, et d’où partent des expéditions de chasseurs-collecteurs, qui voyagent dans un rayon donné autour de ce centre d’habitation pour aller chercher des ressources et rentrer chez eux, où elles seront stockées –et toujours pas question ici d’agriculture (Perrin, 2018) !

D’ailleurs, aussi curieux que ça paraisse, ce modèle existe encore de nos jours chez les Inuits Nunamiut, au cœur de l’Alaska ; et c’était celui adopté par les populations du Natoufien bien avant l’apparition du site de Gobekli Tepe.

Encore un exemple : au Japon, on observe sur toute la durée de la période Jomon (- 12 000 à -300/400 avant notre ère) des sites comme Sannai Maruyama où les  populations locales pratiquent une sylviculture intensive à proximité du très riche couvert forestier japonais (on a retrouvé énormément de graines diverses, de faînes, de marrons et de glands, accompagnés de meules et de broyons), mais toujours sans pratiquement d’agriculture !

Reconstitution d’une « maison longue » néolithique de Maruyama.

 

 

 

 

Notez que la présence d’outils de collecte comme des faucilles, ou des infrastructures de stockages assez importantes, suggère que ces éléments ont pu mener plus tard à l’apparition de l’agriculture généralisée et sédentaire. Bref, je pourrais continuer longtemps comme ça mais, tout ça pour vous dire que de toute évidence, entre le chasseur et le paysan, il s’est passé une importante période de temps durant laquelle les hommes ont côtoyés les plantes et les futurs animaux domestiques avant de s’installer définitivement ; sauf que :

1/ Certains ne l’ont jamais fait totalement.

2/ Cela n’implique PAS obligatoirement la sédentarisation de tout le groupe, dans un sens ou dans l’autre.

3/ Et surtout, ce mouvement n’a jamais été uniforme ! Et pour cause : on observe à plusieurs reprises des phénomènes d’abandons de sites apparemment sédentaires, pour des raisons variées, et un retour à une économie nomade. Beaucoup de facteurs peuvent expliquer ça, comme un épuisement d’une ressource locale, un conflit ou un refroidissement météorologique trop dur, mais pour ce qui nous intéresse ici, ce qu’il faut retenir c’est que le déroulé des événements n’a rien à voir avec ce tableau grossier dépeint par BAM.

Et ce brave Graham de se demander : « qui leur a enseigné ces compétences ? » « Cette émergence soudaine d’une connaissance évoluée de l’agriculture, cette émergence soudaine de l’architecture mégalithique, cela me semble être un transfert de technologie ».

Un « transfert » et une « émergence » qui n’en sont absolument pas une, étant donné que comme on l’a vu plus haut, ces innovations n’apparaissent pas du tout du jour au lendemain mais prennent au contraire des MILLIERS D’ANNÉES à être acquises ; c’est donc un nouveau mensonge !

 « Ils ont transféré leurs connaissances aux populations locales de chasseurs-cueilleurs »

Et une assertion pour le chef ! Cette idée de transfert ne repose toujours sur rien d’autre que ta volonté d’en voir une ! Et non seulement il n’existe aucune preuve concrète de ce transfert imaginaire, mais c’est un discours complètement réducteur et méprisant que de décréter que les populations humaines étaient incapables de parvenir à cultiver des plantes et déplacer quelques pierres !

Vous avez compté le nombre de fois où BAM et ses intervenants commettent la bourde de tout regarder de leur œil de citadin du XXIe siècle au lieu de prendre du recul et de replacer chaque fait dans son contexte comme tout chercheur intelligent qui se respecte ? Eh bien j’espère que oui, parce que moi j’ai arrêté de compter.

« On observe des motifs sur les piliers que l’on remarque ailleurs sur la planète ».

La lettre T, en haut du pilier, qui forme une tête humaine avec des bras qui sont sculptés sur les flancs. Oh là là, ça ressemble aux statues de l’île de Pâques !

Mais c’est complètement idiot, en prenant des dénominateurs communs aussi évidents, on peut dresser des parallèles avec tout et n’importe quoi ! A mon tour, tiens !

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Et on retrouve même des PANIERS ! « Il est certain que le temple était là avant l’agriculture et pourtant on a déjà des premiers paniers » ; ce qui n’a rien d’étonnant justement puisque comme je l’ai expliqué plus haut, ce genre d’objet n’a pas attendu l’apparition de l’agriculture sédentaire pour arriver !

Et donc d’après Graham Hancock, la seule explication plausible, c’est que des visiteurs extra-terrestres soient venus et nous aient donné ces technologies.

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« Comment expliquer autrement ces parallèles, et comment expliquer la brutale apparition de ce temple et de l’agriculture il y a environ 12 000 ans? On n’a pas d’antériorité, on a l’impression qu’on a atteint perfection d’un seul coup au  départ, on était persuadé que c’est la sédentarité qui avait amené l’homme à l’âme, c’est à dire à fabriquer des temples, et ensuite des villes et là on se compte d’une chose et on est obligé de faire marche arrière et de se dire: la spiritualité a engendré la sédentarité. Donc pour les archéologues, c’est déjà vraiment un pavé dans la mare c’est vraiment « on s’est trompé dans notre schéma de pensée »« 

Mais c’est complètement FAUX, bordel de merde ! TOUT est faux, là-dedans ! Ce temple n’apparaît pas brutalement, l’agriculture non plus, on n’atteint aucune perfection et encore moins en une fois, les populations ne se sédentarisent absolument pas à ce moment-là, la spiritualité ne fonctionne pas comme ça et le seul pavé qui risque de voler dans l’histoire, c’est celui que je meurs d’envie de vous expédier dans la tronche pour que vous fermiez l’ANUS QUI VOUS SERT D’ORIFICE BUCCAL§§§§§§

 

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  • Jefe, jefe, calmez-vous ! Calmez-vous, reposez ça !

 

 

 

 

 

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01:32:49 « il est amusant de remarquer que Gobekli Tepe signifie curieusement « la colline du nombril ». Un de plus« 

NOPE.  En langue turque, « gobek » ça signifie « ventre », tout simplement. Et « tepe », ça désigne « colline », « crête », bref n’importe quel renflement du paysage. « Gobekli Tepe », ça veut juste dire « la colline du ventre », parce qu’en Turquie comme dans tous les pays du monde, la toponymie naît des références les plus évidentes que les locaux ont sous le pif, en l’occurrence que cette colline avait la forme d’un foutu ventre à bière, et pas QUE C’ÉTAIT LE CENTRE D’UNE CIVILISATIONS D’ANCIENS BÂTISSEURS MAGIQUES QUI DISPARAISSENT DANS UNE DIMENSION PARRALLÉLE DÉS QUE VOUS DEVEZ EXPLIQUER QU’IL N’EN RESTE AUCUNE TRACE§§§

  • Jefe, respirez ! Rappelez-vous ce qu’a dit votre mamá !

Rgnnn. Bref, ce genre de trucs, c’est le B.A.B.A. de n’importe quelle andouille qui s’intéresse à la toponymie et c’est hallucinant qu’ils ne le sachent pas avec ce qu’ils prétendent avoir investi dans ce film ; ou qu’ils mentent délibérément. Mais il est trop tard pour faire la liste et mes dix doigts ne suffiraient pas.

Et puis, je pinaille, mais tout de même : mettons que ce nom signifie réellement « la colline du nombril » ; qu’est-ce que c’est censé apporter à votre théorie ? Je rappelle que vous avez sorti les mêmes débilités en Amérique du sud, sauf qu’à part essayer de faire croire au public que tous les sites que vous visitez étaient peuplés d’égocentriques en puissance ; on ne voit pas en quoi ça peut conforter ce que vous dites ?

« …et comme l’a découvert Klaus Schmidt, il ne fait aucun doute qu’il a été délibérément enfoui, ce qui a permis de dater ce site avec autant de précision : 11 600 ans, avec une marge d’erreur de plus ou moins 150 ans, mais pourquoi avoir enfoui volontairement ce site après l’avoir  construit? Serait-ce pour le préserver? On pourrait envisager un message laissé à la postérité.« 

Assertion complète. La question est légitime, pour une fois : effectivement, on ignore pourquoi ce proto-temple a été enfoui. Peut-être que les fouilles à venir apporteront un début d’explication ; mais pour l’instant on n’en sait absolument rien. Mais ce qui ne va pas dans cette phrase, c’est que même avec une question tout à fait légitime, ils parviennent quand même à se planter rhétoriquement en sortant cette hypothèse de leur chapeau magique ! Un message laissé à la postérité ?! Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Je le répète, mais une hypothèse digne de ce nom doit se reposer sur un élément de départ ! Un petit quelque chose, n’importe quoi mais pas juste une supposition à deux balles, parce qu’à ce compte-là,il faut s’attendre à ce que les générations qui déterreront nos déchets nucléaires comprennent par là qu’on leur enjoignait d’aller se faire foutre !

« …à la fin brutale d’une période d’intense changement terrestre qu’on appelle le Dryas récent, alors que la Terre se réchauffe et sortait progressivement de la période glaciaire, la température a brutalement chuté de 7 degrés. Environ 1300 ans plus tard, la température grimpe à nouveau brutalement, mais cette fois de 10 degrés« 

Et pour finir, on ne se prive pas d’une énième éxagération qui pue des pieds ; avec l’évocation du changement climatique du Dryas récent (le hoquet final de la dernière ère glaciaire, en gros), qui a bel et bien provoqué ces chutes de températures, sauf que ce que ces idiots appellent un « changement brutal », en réalité ça s’étale sur des SIÉCLES entiers ! Alors exit ce sous-entendu putassier qui adorerait induire chez le spectateur l’idée que les types qui ont construit Gobekli Tepe se sont réveillés un matin en se gelant les miches et ont décidé d’enterrer le temple et d’aller voir ailleurs s’il y faisait meilleur !

A la prochaine!

 

COMPTEUR :

 

Sophismes :  31 + 8

Mensonges :  49 + 9

Assertions :  24 + 8

Victimisations : 4

Dénigrements:  7 + 1

Méthodologie foireuse: 15 + 1

 

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Bibliographie :

 

ADAM Jean-Pierre, La Construction romaine. Matériaux et techniques, Grands manuels picards, 2011.

BOCQUENTIN Fanny, Pratiques funéraires, paramètres biologiques et identités culturelles au Natoufien, 2003

CABANES Pierre, Le Mécanisme d’Anticythère, les NAA de Dodone et le calendrier épirote, Tekmeria, 2011.

DEMOULE Jean-Paul, Une histoire des civilisations, Editions La Découverte, Paris, 2018.

GRIMAL Nicolas, Histoire de l’Égypte ancienne, Fayard, 1988.

HALLEUX Robert, Sur la fabrication de l’acier dans l’Antiquité et au Moyen Âge, Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 2007

LEWIS Michael Jonathan, Surveying Instruments of Greece and Rome, Cambridge University Press, 2001.

MEIGNEN L., Les origines de l’Homme moderne au Proche Orient, Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem, 1997

RUSSO Lucio, The Forgotten Revolution: How Science Was Born in 300 BC and Why It Had To Be Reborn, Berlin, 2004

ZSCHOKKE B., Du damassé et des lames de Damas, Rev. Met. Paris, Vol. 21, N°11 (Novembre 1924).

Une réflexion au sujet de « Bâtisseurs de l’Ancien Monde, épisode VII »

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