Bâtisseurs de l’Ancien Monde, épisode VIII

Le changement climatique, c’est des conneries ! L’Homme n’y est pour rien, c’est la faute aux astéroïdes que nous balancent les aliens !

 

ÉPISODE VIII

 

Nous disions donc qu’à la fin du Dryas, la terre s’est réchauffée en sortant de la dernière période glaciaire, et qu’on a eu droit à un numéro de yo-yo thermique, pratiquement visible à l’œil nu si on en croit nos menteurs préférés. Et suite à ça, le temple/observatoire/lave-linge quantique des Anciens Bâtisseurs™ de Göbekli Tepe aurait donc été enfoui !

Mais dis-moi Jamy, pour eux, c’est dû à quoi ce changement climatique soit-disant ultra violent alors qu’en réalité ça s’est étalé sur tellement de siècles que personne n’a vu la différence ?

01:33:51 : « selon plusieurs études scientifiques, ces événements serait dû à deux séries d’impact de fragments d’une même comète à 1300 ans d’intervalle crayons des cataclysmes dont auraient été témoins nos ancêtres« 

Sans oublier la bonne image de cataclysme planétaire qui va bien  :

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… parce qu’il ne faudrait surtout pas rater une occasion d’illustrer le propos en effrayant les couillons qui ont vu 2012 !

Alors, premièrement et rapidement, recontextualisons un peu cette soupe de science-fiction : vous savez que l’histoire de notre Terre est ordonnée sur ce qu’on appelle l’échelle des temps géologiques ; qui est divisée en plusieurs éons, ères, périodes ; etc. Oui ? Bon. Pour vous donner un exemple parlant, la grande époque des dinosaures regroupe les périodes du Trias, du Jurassique et du Crétacé, qui durent des dizaines de millions d’années chacune et qui font partie de l’ère Mésozoïque.
« Nous », si je puis dire, nous vivons à l’ère suivant cette dernière : le Cénozoïque. Celle-ci se subdivise en plusieurs périodes, le Paléogène, le Néogène et le Quaternaire, et c’est dans cette dernière que se trouve (enfin, je sais c’est un mille-feuilles assez touffu) ce qui nous intéresse : le Pléistocène, qui a vu l’émergence du genre Homo et les plus grandes glaciations de la planète, et l’Holocène, qui dure encore de nos jours.

Ce dont parlent ces neuneus, c’est la période charnière entre le Pléistocène et l’Holocène : une phase nommée Tardiglaciaire, regroupant les ultimes hoquets glacés de la Terre et qui regroupe sous le nom de Dryas ancien, moyen et surtout récent.
Au cours de ce Dryas récent qui dure approximativement 1300 ans, la planète s’est refroidie de sept degrés avant de remonter. Et donc, ce que Sylvie nous affirme là avec aplomb, c’est que c’est dû à « deux séries d’impact de fragments d’une même comète à 1300 ans d’intervalle créant des cataclysmes dont auraient été témoins nos ancêtres » !

Alors premièrement, vous parlez de «plusieurs études scientifiques », sauf que comme d’habitude vous ne les citez pas. Vu votre passif de menteurs en série, j’aurais facilement tendance à croire que c’est à nouveau une invention de sources de toutes pièces, sauf qu’en travaillant sur la question, je suis moi-même tombé sur un article qui a l’air de coller grosso-modo (enfin, à condition de ne pas y regarder de trop près) à cette idée, alors je suis forcé de ne mettre ça « que » sur le compte d’une énième méthodologie foireuse.
Deuxièmement, ce refroidissement du Dryas récent n’est pas du tout attribué à une seule cause ! Il existe pas moins de sept hypothèses avancées par les paléoclimatologues ayant travaillé sur la question ; et celle de l’impact d’un projectile spatial n’en est qu’une parmi d’autres, et en prime, vraiment pas la plus sérieuse !
Parce que cette hypothèse, qu’on appelle hypothèse de la comète de Clovis, a été avancée par un collectif de chercheurs dans cet article signé par un certain D.J. Kennet ; et qui soulève l’idée que c’est la chute de débris spatiaux qui aurait causé des micro-impacts et des incendies absolument monstrueux, lesquels auraient été responsables de la chute de la température planétaire.

Alors non seulement c’est la seule étude scientifique qui l’avance (ils parlent de plusieurs, au pluriel, donc où sont les autres ?), mais celle-ci ne mentionne qu’une seule chute de débris. Pas de deux !

Or vous, vous dites qu’il s’agit de deux séries de fragments de la même comète ! Non seulement on ne trouve pas trace d’une seconde gifle spatiale, mais en plus celle-ci aurait eu par magie des effets exactement contraires à la précédente ?! Je vous laisse trouver l’incohérence de la phrase ou vous êtes assez grand pour le faire vous-mêmes ?!

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Bref, cette hypothèse, donc, s’appuie sur la présence d’une couche de cendres particulièrement épaisse datant de cette période, riche en carbone (ça signifie qu’il y a eu des feux de forêts) et surtout en matériaux extraterrestres comme l’iridium et autres.

Certes. Pourquoi pas après tout ; sauf qu’en faisant correctement votre boulot, c’est-a-dire sans suinter de mauvaise foi par tous les orifices, vous auriez également mentionné que cette hypothèse est plus que controversée, notamment par cet article de l’American Geophysical Union, qui la met sérieusement en doute en expliquant que non seulement les sphérules de carbone attribués à des incendies massifs se retrouvent en réalité dans un grand nombre de couches assez homogènes, anciennes autant que récentes, elles n’y sont donc pas exclusives du tout ; mais aussi que la préservation des sclérotes (des champignons fossilisés, en gros) exclut d’office un passage par des températures aussi élevées que celles qui sont suggérées, auxquelles elles n’auraient pas survécu. Bref, c’est plutôt bancal, d’autant qu’à cette étude on peut ajouter celle-ci, qui explique que ce que certains ont pris pour des micro-diamants d’origine extraterrestre dans les couches de terre examinée, sont en réalité des agrégats de graphènes… qu’on retrouve absolument partout sur Terre.

On est donc sur un mensonge relativement léger vu les standards habituels de la bande de Pouillard, mais ça reste néanmoins du bon gros bidonnage flouté à mort pour épater les naïfs. Mais c’est pas tout ça, on a raqué pour faire parler Graham Hancock, et il reste encore de la place !

« Tout les récits que je connaisse témoignent de l’existence d’une ancienne civilisation humaine qui auraient été anéantie par un cataclysme. Il n’y a pas d’exception ! », Rajoute Graham Hancock et son front stratosphérique à 01:34:10.

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Et t’en connais combien des récits, qu’on rigole ? Non parce que derrière ce ridicule effet de manche, on trouve l’historiographie en train de hurler à la mort ! C’est complètement faux, les récits d’une « ancienne civilisation humaine » ne sont absolument pas la règle, quel que soit le continent.

J’imagine qu’il pense tout de suite au Déluge biblique (dont on n’a pas le moindre putain de gramme de preuves d’existence, mais ais-je besoin de le rappeler ?) ou au mythe de l’Atlantide ?

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01:34:55 « Et à nouveau comme le fait remarquer G. Hancock, on a des écrits. Solon rapporta à Platon que l’Atlantide sombra 9000 ans avant sa visite en Égypte en moins six cent ans avant notre ère, soit il y a onze mille six cents ans ce qui coïncide avec la date de fin du Dryas récent »

BAH TIENS.

Alors, le problème avec cette lubie que vous crevez d’envie d’ériger en raisonnement construit, c’est qu’on a jamais retrouvé la moindre trace de l’Atlantide (alors que si le quart de ce récit MY-THO-LO-GIQUE était vrai, on aurait retrouvé des caisses entières de vestiges archéologiques, et ne me dites pas que c’est un coup du Complot™ qui les as cachés), ni au-dessus des mers ni en-dessous, et qu’une telle catastrophe n’aurait pas pu en éliminer les restes jusqu’au moindre atome.

Et que si l’Atlantide avait existé et qu’elle avait réellement été envoyée au fond des eaux par une telle catastrophe, on devrait en voir les traces dans les couches sédimentaires de tous les continents qui la voisinaient, or ça n’est pas du tout le cas ! D’autant que les fonds marins de l’Atlantique ont déjà été sondés plusieurs fois, et qu’on y trouve nulle part ce qui pourrait s’apparenter à d’anciennes îles submergées !

D’ailleurs, je vous laisse consulter la liste phénoménales de propositions qui ont été avancées pour situer cette foutue île; sachant que la quasi-totalité des hurluberlus qui se sont lancés à la poursuite étaient ce qu’on appelle aujourd’hui des chercheurs de véritude, aux théories plus ou moins sérieuses.

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Le sujet mériterait des livres entiers (et ça a été fait), mais dans le cas qui nous intéresse, NON, cette mention supposée faite par Solon ne signifie pas que cette île ait existé et encore moins qu’elle ait été engloutie à cause de cette catastrophe.
Plus généralement, le problème que BAM a ici, c’est exactement le même que celui qu’ils avaient à la fin de LRDP, quand ils prenaient en vrac tous les mythes de fin du monde possibles et imaginables, en mentant quand c’était nécessaire pour que ça colle avec leur idée du point de vue des dates ou des moyens d’action, évidemment sans jamais apporter la moindre preuve valable de l’existence desdits cataclysmes alors que ça devrait dégueuler de chaque couche sédimentaire : ils prennent un mythe pour la réalité.

Et c’est exactement ce qu’est la légende de l’Atlantide : faute de preuves, elle n’a JAMAIS existé.

L’Atlantide est un mythe conçu par Platon pour servi d’allégorie parfaite à l’idée que l’érudit Grec se faisait de la cité idéale: dans son histoire, cette civilisation est peuplée d’hommes vertueux et juste, et régie selon trois castes vivant en harmonie et constituant un parangon de civisme. C’était une façon détournée pour lui de critiquer la corruption, la décadence et la malfaisance de ses concitoyens ; manque de bol, trois mille ans plus tard, des idiots avec une caméra ont transformé son bouquin en théorie sur le refroidissement climatique.

Alors, quoi d’autre ? Parce que force est de constater que cette pseudo-civilisation ancienne que tous les peuples de la Terre devraient pleurer depuis des millénaires est aux abonnés absents : on en trouve pas trace dans la mythologie indienne ni amérindienne, ni dans les mythes africains, ni chinois, pas trace non plus dans les légendes romaines, grecques (Atlantide exceptée, donc), égyptiennes, orientales ou celtiques.

Reste bien l’histoire du continent de Mu, une terre mythique peuplée de la traditionnelle « civilisation de bâtisseurs avancés » (je devrais déposer la marque, sans déconner) et qu’on a cherché depuis les 150 dernières années ?

Oui, sauf que ce continent soit-disant englouti n’existe pas non plus là où il devrait être, et qu’il ne rentre même pas dans la catégorie des anciens mythes: il n’a même pas deux siècles au compteur! Il a en effet été inventé de toutes pièces par un pyramidiot avant l’heure, le colonel James Churchward ; qui jurait à qui voulait l’entendre qu’il se basait sur des traductions de tablettes indiennes et mayas évoquant ce continent ; tablettes que personne n’a jamais vu à part lui et qui n’ont jamais été retrouvées. 

Je vous passe le détail, mais précisons que les « recherches » en question consistaient à faire le tour des îles du Pacifique et des terres bordant l’océan, de se planter devant n’importe quelle construction mégalithique jugée cépapossibcétrolourd™ pour décréter que c’était l’œuvre des habitants de Mu, comme quoi Pouillard et sa clique n’ont rien inventé !

01:34:40 « Autant de traces qui accréditent la thèse de l’impact de comète, quand rien n’était en mesure d’expliquer ces brutales variations de température au début et à la fin du Dryas récent »

Et ce n’est pas votre logorrhée qui va y changer quoi que ce soit ! C’est complètement faux de dire que ces traces accréditent cette thèse, j’ai déjà expliqué pourquoi au-dessus. Mais c’est encore plus faux de prétendre qu’il n’y a aucune autre explication ; au contraire, il y en a six !

1/ l’hypothèse d’une modification des courants océaniques dans l’Atlantique ; qui sont réglés comme des horloges et dont le moindre changement dans le convoyage d’eaux plus ou moins froides peut avoir des conséquences dramatiques.

2/ La disparition de la mégafaune, qui produisait du gaz à effet de serre comme le fait aujourd’hui le bétail servant à l’alimentation humaine ; et dont le méthane manquant aurait pu jouer sur le dérèglement.

3/ l’hypothèse d’une diminution de l’activité solaire, qui aurait eu pour conséquence d’une surproduction de C14 et de Béryllium 10 dans l’atmosphère.

4/ l’hypothèse d’une trop grande émission de cendres volcaniques et de gazs ; là encore facteur de changements climatiques.

5/ l’hypothèse d’éjections de masse coronale du Soleil, dont les particules atteignant la Terre auraient déréglé significativement le climat.

6/ et enfin l’impact d’une autre météorite, au Groenland, dans ce qui est aujourd’hui le Cratère de Hiawatha.

C’est donc un nouveau mensonge ! Suivant !

01:35:12 « Si toutes les légendes ou récits anciens ne sont pas à prendre au pied de la lettre, ils ne sont pas à rejeter en bloc »

Ça, c’est… vrai. Non, j’admets : on ne les rejette pas en bloc, c’est vrai : les témoignages écrits apportent des renseignements que n’auraient pas pu nous apprendre certains vestiges archéologiques. Le problème avec ça, c’est qu’un texte n’est pas un instantané de la vie ou de l’Histoire à une période donnée ; et encore moins à une époque où l’écriture était l’affaire d’une ultra-minorité. D’abord, un texte reflète un point de vue, ensuite son auteur n’est pas omniscient et peut donc omettre, délibérément ou non, une quantité variable de détails ; et de plus les textes qui sont parvenus jusqu’à nous depuis l’aube des temps ont, pour la plupart, été tellement copiés et recopiés à travers les siècles que les erreurs vis-a-vis du texte initial sont quasi-systématiques ; et enfin les textes à cette époque ont souvent un but totalement politique : le mythe de l’Atlantide par Platon est une critique sociale de la cité de son temps ; la Guerre des Gaules est un journal de voyage rédigé par César afin de se faire brosser le cul au Sénat, à Rome. Et ainsi de suite : ça n’est jamais une chronique de voyage juste pour faire des photos de vacances illustratives.

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Mais ne rêvons pas, BAM ne parle même pas de cette dichotomie ; s’ils disent ça; c’est juste pour justifier qu’ils prennent au pied de la lettre des récits mythiques. La preuve :
« C’est le cas de la légendaire cité de Kumari Kandam du peuple tamoul du sud de l’Inde » (01:35:16)

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Vous vous rappelez du contient de Mu que j’ai rapidement évoqué il y a deux minutes ? Eh ben, c’est grosso modo la même tisane. Et gnégnégné civilisation très avancée, gnégnégné savoir immense, gnégnégné super-technologie de la mort t’sais, et gnégnégné elle aurait totalement disparu dans un cataclysme il y a 11 600 ans,

COMME

PAR

HASARD§§§

 

Et comme une stupidité n’arrive jamais seule, l’indéboulonnable Graham Hancock précise qu’il est d’accord, parce que le niveau des eaux « aurait monté de 120 mètres ».
Ce qui est vrai: ça n’est un mystère pour personne qu’a la fin du dernier âge glaciaire, la fonte des gigantesques banquises a entraîné une montée du niveau de la mer. Sauf que là encore, ils se servent d’un élément véridique pour enchaîner sur un truc complètement con, en l’occurrence ce super-continent-mystérieux-et-disparu de Kumari Kandam, qu’on appelle parfois la Lémurie.

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« des pêcheurs locaux se plaignaient depuis longtemps de ruines sous-marines qui accrochaient leurs filets, mais personne ne les croyait ! », dixit Sylvie, accompagnée de Graham qui explique qu’il a plongé en 2002 avec lesdits pêcheurs à Mahabalipuram (une très ancienne ville indienne qui était un important port de commerce sur la route de la Chine dans l’Antiquité), et que :

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Ok, alors comme je sens que vous ne vous sentez plus pisser avec votre histoire de continent disparu, je sens que c’est le moment de faire ce que je fais le mieux, à savoir la parenthèse emmerdante.

Votre truc sur la Lémurie/Kumaribidule, c’est du pipeautage complet.

D’abord parce que comme je le disais, Kumaritruc et la Lémurie, ce sont deux noms qui désignent le même pseudo-continent perdu, et que ce continent perdu est lui-même une approximation de la légende du continent de Mu, qui comme on l’a vu ne repose sur strictement AUCUNE preuve géologique ou archéologique.

La Lémurie, pour expliquer ça simplement, c’est une théorie inventée par certains zoologistes au XIXe pour expliquer la disparition et la transition de certaines espèces animales dans des zones géographiques apparemment trop éloignées pour qu’il y ait eu contact direct ; parce qu’à cette époque, on n’avait pas encore compris le principe de la dérive des continents.
Plusieurs naturalistes britanniques, français et allemands fabriquèrent alors ce concept ; le problème c’est qu’après ça, ce mythe a été récupéré par les andouilles de tout poil partisans de civilisations disparues (ça existait déjà à l’époque malheureusement), et que même si on ne trouvait absolument pas de preuves matérielles de ce continent (à ce point-là, autant vous dire que ça revient à chercher la maison du Père Noël en Finlande parce que papa et maman ont dit que c’était là-bas qu’il habitait) ; maintenant, c’est devenu un véritable concurrent à l’Atlantide, même si pas plus crédible !

Ensuite, à la fin de ce XIXe siècle, des auteurs indiens tamouls se sont emparés de cette idée pour la reprendre et la mélanger à la légende de Mu (je rappelle que l’un comme l’autre sont du bullshit complet, mais allons-y gaiement) ; et inventer de toute pièces cette civilisation de « Kumari Kandam », qui n’existe évidemment pas au fond de l’océan Indien (les fonds océaniques ne révèlent strictement rien qui se rapproche de ça), et dont le nom même est une mauvaise reprise du sanscrit Kumārika Khaṇḍa qui désigne un royaume parmi tous ceux que comportent la cosmologie hindoue.

Mais, difficile de trouver plus entêté qu’un croyant. C’est pour ça que Graham Hancock et toute la cohorte d’andouilles chercheurs de véritude s’acharnent à en trouver les preuves absolues.
Et figurez-vous qu’ils en ont trouvé ! Ou plutôt qu’ils ont cru. Parce que comme on vient de l’entendre, donc ; Graham Hancock, son front et les pêcheurs indiens ont trouvé à Mahabalipuram les vestiges sous-marins d’une ancienne civilisation, qu’ils s’empressent donc d’attribuer à la Lémurie ! Ouaiiiis, SAUF QUE

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…les vestiges sous-marins de Mahabalipuram sont connus depuis un bail et dûment fouillés ; qu’aucun de ces vestiges ne remontent à plus de 2000 ans avant J.-C. pour les plus anciens (donc autant dire que pour le cataclysmator-3000 du Dryas récent, c’était déjà bien à la bourre) ; bref, que ça n’a strictement rien à voir avec la Lémurie !

Et pourquoi sont-ils sous l’eau, ces vestiges de ports, me direz-vous ? Eh bien parce que l’érosion côtière ça arrive, et qu’il est très fréquent qu’à la faveur de montée du niveau des eaux, de séismes, de glissements de terrains ou ce que vous voulez, certaines portions des côtes se retrouvent inondées ! Un exemple au hasard en Égypte, avec le port d’Heracleion, qui a disparu sous la flotte suite à un tremblement de terre et qui est fouillé de nos jours alors qu’il est à plusieurs mètres sous la surface !

C’est donc un mensonge ! On continue !

Le temps d’un bon gros avis de merde de Graham Hancock : « Ils ne travaillent pas correctement ! Ils travaillent uniquement dans la zone des marées à 5 mètres de profondeur, ils devraient aller à 5 km des côtes, à 30 mètres de profondeur ce qui repose au fond », ce à quoi les archéologues lui disent qu’on se passe fort bien de ses avis de bistrot pour faire notre boulot ; que les fouilles sous-marines à cinq mètres de fond ça n’a pas grand-chose à voir avec TRENTE ; et enfin qu’on fouille avant tout là où on sait qu’il y en a, des vestiges ! On a rien qui nous laisse penser qu’il y a quelque chose à cinq bornes en mer ! Et toi non plus au passage. Mais continuons.

A 01:37 :23, ils se posent la question de l’histoire de la naissance des civilisations ! Avec quelques vues du temple d’Edfou :

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Saupoudrées des habituelles platitudes ésotériques. « Est-ce pour cette raison que les prêtres égyptiens ont fait gravé l’histoire de la fondation de l’Égypte sur les murs d’un temple ? », et Graham Hancock y va de bon cœur : « les Égyptiens de l’Égypte antique nous expliquent très clairement que leur civilisation n’était pas un développement mais un héritage. Un héritage du « premier temps », et ce premiers temps je l’associe à l’arrivée des survivants d’une civilisation perdue en Égypte il y a environ 12 800 ans, et cette histoire est racontée en détails sur les murs du temple d’Edfou »

Mais arrêtez de prendre des légendes au pied de la lettre, bordel ! Comment c’est possible de penser aussi ras des pâquerettes, c’est une performance ! Contrairement à ce que vous dites, les prêtres égyptiens n’ont rien consigné du tout : les mythes de fondations sont U-NI-VER-SELS dans toutes les civilisations ; vous aurez du mal à trouver un seul peuple sur la Terre qui n’aie jamais cherché à s’attribuer une origine un peu classe pour légitimer un régime, un territoire ou tout simplement pour se la péter !

Petite revue de détail, et on commence par le plus célèbre : le mythe de Romulus et Rémus ! Les fondateurs mythique de la Rome antique ; descendants du dieu Mars en personne et des Troyens via le héros Énée, et qui auraient fondé la ville en 753 avant notre ère.

Ce récit n’a évidemment rien de véridique puisque grâce aux fouilles archéologiques, on sait aujourd’hui que Rome n’a même pas été fondée ex-nihilo, et qu’à l’origine il ne s’agissait que de quelques collines pelées sur lesquelles des tribus de bergers néolithiques bourrés de puces faisaient paître leurs troupeaux à la fin de l’âge du Bronze jusqu’à ce qu’ils finissent par se fédérer !

 

Et le pire, c’est que même les anciens étaient moins cons que les concepteurs de BAM (quoique, pas sûr que ça soit un compliment vu le niveau), parce que Tite-Live en personne mettait lui-même ces légendes en doute dès le Ier siècle avant J.-C. :

« Quant aux récits relatifs à la fondation de Rome ou antérieurs à sa fondation, je ne cherche ni à les donner pour vrais ni à les démentir : leur agrément doit plus à l’imagination des poètes qu’au sérieux de l’information. On accepte que les Anciens mêlent les dieux aux affaires humaines pour donner plus de majesté à leur ville […] Toutefois quelle que soit l’attention ou la valeur qu’on accorde à ces récits et à d’autres semblables, je ne leur accorderai pas beaucoup d’importance. J’aimerais au contraire que l’intérêt se concentre sur le climat social et moral, sur les individus, sur les moyens civils et militaires qui ont permis et développé la puissance romaine. » — Tite-Live, Histoire romaine, Préface du Livre I7.

Ou alors, il y a le mythe de fondation de Sparte ! Soi-disant fondée par Lacédémon, fils de Zeus et de la pléiade Taygète ; et dont les habitants descendraient ni plus ni moins d’Hercule !

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Et dans une moindre mesure, c’est encore ce que nous autres Français faisions au XIXe en affirmant à qui voulait l’entendre que nous descendions en direct des Gaulois. Bref, vous voyez le tableau : les mythes de fondation sont faits pour inspirer ceux qui les écoutent et ne sont PAS des chroniques historiques !

Le pire, c’est qu’il va encore plus loin dans les inventions de toutes pièces à 01:38 :03 , en jurant ses grands dieux que « les prêtres de 330 BC ont hérité des archives des temples précédents, et au milieu de ces archives écrites sur des peaux d’animaux très abîmées et tombant en pièces, se trouvait l’histoire d’un temps où « les dieux » vinrent en Égypte », et ça continue encore un bon moment comme ça.

Mais qu’est-ce que c’est que ce tissu de conneries ?!

Si vous avez lu le débunkage de LRDP, peut-être que vous vous souvenez du passage consternant où ces enfoirés inventent complètement un mur mégalithique qu’ils foutent en plein milieu de Cuzco, juste pour y coller le bout d’un triangle qui ne voudrait de toutes façons rien dire même s’il existait ? Eh bien, c’est exactement la même chose ici !

D’abord, Graham Hancock nous raconte que « les prêtres de 330 BC » ont hérité des archives gnagnagna ; alors que ça sort littéralement de nulle part : cette information est totalement fausse, ça n’apparaît dans aucune source historiographique, encore moins archéologique, et évidemment pas sur les murs de ce temple qui raconte totalement autre chose mais on va y venir ; il invente complètement cette histoire de transmission d’archives sur des parchemins à moitié bouffés aux mites.
Et ensuite, comme je le disais, les inscriptions du temple d’Edfou ne racontent ABSOLUMENT PAS ça ! C’est un temple construit entre Assouan et Louxor et dédié au culte du dieu Horus ; assez bien préservé et doté de deux grands pylônes :

Et dont les murs sont recouverts d’inscriptions hiéroglyphiques. Sauf que contrairement à ce que ces connards essaient de vous faire croire, ils ont été étudiés depuis plus d’un siècle (l’égyptologue français Émile Chassinat s’est tapé la retranscription intégrale de ces textes à la fin du XIXe siècle) , et ces textes ont été traduits par une équipe d’égyptologues allemands de l’université de Hambourg, un travail débuté en 1986 et qui continue aujourd’hui ! Et comme vous pouvez le voir ici et surtout ici où vous trouverez la traduction de ces textes, ça ne raconte pas du tout la récupération d’une bande d’expatriés climatiques à la mord-moi-l’nœud, mais une longue suite de louanges au dieu Horus, aux mythes qui lui sont associés, et en particulier à sa lutte éternelle contre le dieu Seth ! On y trouve aussi des récits de la fondation du monument par sa glorieuse majesté royale-blablabla, et également des dédicaces aux commanditaires ptolémaïques du temple !
Parce que oui, c’est l’énième mensonge de cette histoire à propos d’Edfou ; c’est que ce temple est un des mieux conservés parce qu’il est un des plus récents de l’histoire de l’Égypte ! Il a été commandé à une époque où le pouvoir royal égyptien était déjà passé aux mains des Grecs venus dans le sillage d’Alexandre, et n’a été terminé que quelques décennies avant notre ère !
Donc absolument pas à l’arrivée de vos lémuriens !

Sans pression, ils arrivent à vous faire croire que ça, ça représente les embarcations de ces survivants imaginaires :

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Alors que ça ne représente que la barque solaire du dieu à qui on rend le culte ici !
Ça peut avoir l’air dingue de mentir à ce point et avec un tel aplomb, mais c’est bien ce qu’ils font sous nos yeux et malheureusement, ça n’est pas la première fois : LRDP faisait la même chose en décrétant qu’on ne sait rien sur la construction des cathédrales européennes, alors qu’on croule littéralement sous les plans et les méthodes employées.

Mais attendez !

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Parce qu’ils y croient, à leur mensonge ! Et quoi de mieux qu’un bon gros argument d’autorité de merde pour le justifier ?

01:38:50 « Pour certains, ce ne serait qu’une fable, mais c’est faire preuve d’arrogance en oubliant l’illustre homme d’état que fut Solon, membre du conseil des sept sages, tout comme Platon qu’on accuse de nos jours de sénilité ou d’affabulations car ce qu’il dit ne correspond pas à ce qu’on croit où à ce qu’on voudrait entendre »

Mais quel foutu rapport ça a ?! C’est un gros sophisme, Solon aurait pu être président de la galaxie, ça ne change rien au fait que s’il dit une connerie, ça reste une connerie ! Il n’y a aucun argument là-dedans, c’est juste « ouin-ouin il avait dix mille titres donc voilà quoi ce qu’il dit est automatiquement la vérité » ! C’est totalement débile et en plus, le fond du problème n’est même pas à ce niveau-là, c’est encore et toujours que vous ne comprenez pas la différence entre une chronique et un mythe !

Et en plus, c’est pas vous qui admettiez il y a trois minutes qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre ?! Et qui avant ça, crachiez allégrement sur Hérodote pour critiquer son estimation de la durée de construction de la pyramide de Khéops ? Pourquoi votre putain de logique change en fonction du sens du vent ?!
Et puis « d’affabulations car ce qu’il dit ne correspond pas à ce qu’on croit où à ce qu’on voudrait entendre », pardon mais ça aussi, ça se prend le mur de la réalité dans la gueule : si Untel dit qu’il y avait une cité engloutie à tel endroit et qu’en y fouillant, on s’aperçoit qu’il n’y a que dalle, eh bien il a tort, que ça vous plaise ou non ! Punaise, j’ai déjà vu des mômes argumenter mieux que ça pour avoir un Kinder Bueno !

01:38:59 « c’est pourtant ce qui est écrit sur les murs de ce temple »
Bah justement,

… s’ensuit un long monologue de Sylvie pour résumer à peu près toutes les parties précédentes, le changement climatique, les artefacts mystérieux de la mort de la technologie perdue™, le Dryas, les migrations, elle répète les mêmes mensonges et je passe l’éponge là-dessus, j’ai déjà débunké ça.

01:39:52 « Comme nous avons construit quasiment sur toute la surface de notre planète et que nous avons miné et foré le sous-sol à de nombreux endroits, notre civilisation laisserait des traces partout »

Ah tiens, c’est pourtant l’exact contraire de ce qu’ils faisaient dire à Erik Gonthier dans le film précédent. Sergio, p’tit flash-back qui va bien ?

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– Si, jefe! Ici!

 

 

 

« Si euuuh… nos civilisations terrestres aujourd’hui venaient à disparaître subitement, pour une raison X […] beaucoup de choses résisteraient au cours des siècles, mais pas au cours des millénaires. Seuls quelques très grands monuments seraient capables de résister. Moi je penserai par exemple, aux grandes pyramides d’Égypte.»

Vous vous rendez compte que vous parvenez à vous contredire d’un film à l’autre?

01:40:11 « si certains pensent que tous ces points communs entre ces sites particuliers sont d’origine divine, je ne les imaginent pas pour ma part bâtis par la main d’un dieu ou alors ce dieu était suffisamment petit pour passer par le couloir de la grande pyramide »

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…et ce qui est formidable avec Sylvie, c’est que même quand ils font ce genre de numéro de voltige rhétorique pour tenter de toujours rester dans cet entre-deux merdeux qu’est la « recherche indépendante », en essayant de se positionner entre la fameuse Science Officielle® et les témoins de Jéhovah, elle parvient quand même à dire des idioties ! Je chipote mais, mettons que le grand dieu des spaghettis aie bâti cette pyramide, pourquoi tu le fais passer spécialement par ce couloir ? C’est ça le point qui infirme son existence ?!

Et ensuite, BAM enchaîne sur l’autre hypothèse, comme quoi d’après la science, l’homme étant partout le même sur la planète, il se confrontera aux mêmes problèmes et y trouvera les mêmes solutions en parallèles.

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 – Jefe, regardez ! « on constate avec ironie qu’il construit avec des blocs massifs précisément ajustés, et termine avec de petits blocs et du ciment ».

 

 

Ah oui, ‘s’agirait pas d’oublier les classiques, même si ça a déjà été débunké cent fois. Je passe l’éponge sur cet énième sophisme ; parce qu’on va maintenant s’attaquer à quelque chose qui fait cent kilomètres de large, quarante mille de long, et qui ne suffirait pourtant pas à englober la totalité des mensonges et des incohérences de cette bouse ! Je vous laisse deviner ce que c’est, d’ici le prochain article ?

 

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COMPTEUR :

Sophismes : 39 +7

Mensonges : 58 +10

Assertions : 32+1

Victimisations : 4

Dénigrements : 8

Méthodologie foireuse: 16 +1

 

Bibliographie :

 

The inscriptions of the Temple of Edfu, The Edfu-Project, Göttingen Academy of Sciences and Humanities.

CHASSINAT, ROCHEMONTEIX, Le temple d’Edfou, IFAO, le Caire, 1892–1934.

DAULTON T., PINTER N. et SCOTT A., No evidence of nanodiamonds in Younger–Dryas sediments to support an impact event, PNAS, 2014.

DIETER, The Temple Of Edfu : Aguide By An Ancient Egyptian Priest, American Univ in Cairo Press, 2004

HOWARD, A Historical Perspective on Coronal Mass Ejections, E.O. Hulburt Center for Space Research, Naval Research Laboratory, Washington DC, ‎ 2006.

HOWARD, City-size impact crater found under Greenland ice, National Geographic, ‎ 2018.

LONG, MORTON, An ash fall within the Loch Lomond Stadial, Journal of Quaternary Science, vol. 2,‎ 1987.

SUNDARESH, GAUR, SILA TRIPATI, VORA, Underwater investigations off Mahabalipuram, Tamil Nadu, India, CURRENT SCIENCE, VOL. 86, 2004.

SCOTT, PINTER, COLLINSON, HARDIMAN, SCOTT, BRAIN, SMITH, MARONE et STAMPANONI, Fungus, not comet or catastrophe, accounts for carbonaceous spherules in the Younger Dryas “impact layer”, American Geophysical Union, vol.37, 2010.

Une réflexion au sujet de « Bâtisseurs de l’Ancien Monde, épisode VIII »

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